—O mon fils!

Ortis continua à lire bas, ouvrit le même volume au hasard; puis, le posant bientôt, s'écria:

Vous n'avez point encore éprouvé mon courage,
Vous ne connaissez pas ce que peut ma fureur...
Elle doit égaler mes maux et ma douleur.

Odouard, qui rentrait en ce moment, entendit ces vers, et, étonné de l'accent avec lequel ils avaient été prononcés, s'arrêta tout pensif sur le seuil de la porte. M. T*** me disait, depuis, qu'à ce moment il avait cru lire la mort sur le visage de notre malheureux ami, et que, pendant le reste de la journée, ses moindres paroles lui avaient inspiré la pitié et un sentiment de respect religieux. Bientôt la conversation tomba sur son voyage; Odouard lui demanda s'il devait être bien long.

—Oh! oui, répondit Ortis avec un sourire amer; si long, que je suis certain que nous ne nous reverrons jamais.

—Nous ne nous reverrons plus! dit M. T*** d'une voix triste.

Alors, Ortis, pour le rassurer, le regarda d'un visage riant et tranquille; il lui cita en souriant ce passage de Pétrarque:

.........Je ne sais, mais je crois
Que vous devez rester bien longtemps après moi.

Il revint sur le soir chez lui, se renferma, et resta dans sa chambre jusqu'au lendemain, assez tard.—Voici quelques fragments que je crois de cette nuit, quoique je ne puisse dire à quelle heure ils ont été écrits:

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