Alors, elle s'écria:

—Vis, mon fils, vis, quoique loin de moi. Depuis la mort de ton père, je n'ai point goûté un seul instant de bonheur; j'espérais du moins passer auprès de toi ma vieillesse... Mais la volonté de Dieu soit faite!... éloigne-toi. J'aime mieux pleurer ton absence que ta prison ou ta mort...

Ses sanglots l'interrompirent.

Ortis lui serra la main, la regarda quelque temps avec tendresse, comme s'il voulait lui confier un secret; mais bientôt il se remit, et, se jetant à ses genoux, lui demanda sa bénédiction. Alors, elle leva les mains au ciel; puis, les abaissant sur sa tête:

—Je te bénis, lui dit-elle, ô mon fils! je te bénis, et que le Tout-Puissant te bénisse de même!

Ils s'approchèrent alors de l'escalier, s'embrassèrent encore, et cette mère infortunée appuya longtemps sa tête sur le sein de son fils.

Ils descendirent ainsi dans les bras l'un de l'autre. Je les suivis. Ortis posa encore une fois ses lèvres sur la main de sa mère, qui le bénit de nouveau. En se relevant, il se rejeta dans ses bras; je le pressai longtemps dans les miens; il me promit de m'écrire, et me quitta en me disant:

—Lorenzo, souviens-toi toujours de notre ancienne amitié.

Se retournant ensuite vers sa mère, il la regarda sans pouvoir lui parler, s'éloigna, après quelques pas, se retourna encore, et nous jeta un regard triste et douloureux, comme pour nous dire que nous le voyions pour la dernière fois.

Sa mère s'arrêta sur le seuil de la porte, espérant qu'il reviendrait l'embrasser encore; mais bientôt, tournant ses yeux mouillés de larmes vers la place où nous avions reçu ses adieux, elle s'appuya sur mon bras et rentra en me disant: