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Vendredi, une heure.
Et toi, mon cher Lorenzo, toi, mon unique et fidèle ami, me pardonneras-tu? Je te recommande ma mère, je sais qu'elle trouvera en toi un second fils... Mais, ô ma mère, tu n'auras plus celui sur le sein duquel tu espérais reposer tes cheveux blancs! tu ne pourras réchauffer mes lèvres mourantes par tes baisers!... et peut-être même me suivras-tu!... Je balançais, Lorenzo...
—Voilà donc, me disais-je, la récompense de vingt-quatre années d'espérances et de soins!...
Mais le sort en est jeté; Dieu qui l'ordonne ainsi ne l'abandonnera point... ni toi non plus...
Lorenzo, tant que je n'ai désiré qu'un ami sincère, j'ai vécu heureux. Dieu t'en récompense! mais tu ne t'attendais pas que je te payerais... avec des larmes... Tu ne proféreras pas sur ma tombe ce cruel blasphème, que celui qui veut mourir n'aime personne. Que n'ai-je point tenté? que n'ai-je point fait? que n'ai-je point dit à Dieu? Ah! ma vie est tout entière dans mes passions... Console-toi donc, ma vie désormais serait plus pénible pour toi que ma mort...
Mais adieu; rassemble mes livres et conserve-les en mémoire de ton ami; recueille Michel, à qui je laisse ma montre, le peu de gages qui lui sont dus, et tout l'argent qu'il y aura dans le tiroir de mon secrétaire: viens l'ouvrir seul, tu y trouveras une lettre pour Thérèse; je compte sur toi pour la lui remettre secrètement... Adieu, mon ami, adieu!
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Ortis alors continua la lettre qu'il avait commencée pour Thérèse:
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