Je ne sais si Ortis avait entendu ces paroles, mais il ne m'en parla point.

Nous trouvâmes Odouard qui se promenait; M. T*** était assis au fond de la chambre, les coudes posés sur une petite table et la tête appuyée sur ses mains; nous restâmes longtemps sans parler. Ortis enfin rompit le silence.

—Demain, dit-il, je ne serai plus avec vous.

Il se leva, prit la main de Thérèse, y posa ses lèvres, et je vis des larmes mouiller la paupière de celle-ci. Ortis, sans quitter sa main, la pria de faire appeler la petite Isabelle; les cris et les sanglots de cette pauvre enfant furent si prompts et si violents, qu'aucun de nous ne put retenir ses pleurs. A peine eut-elle appris qu'il partait, qu'elle se jeta à son cou en répétant plusieurs fois:

—O mon Ortis, pourquoi nous quittes-tu? Surtout reviens bien vite!

Ne pouvant supporter une scène aussi touchante, il la remit entre les bras de Thérèse, et sortit en répétant plusieurs fois adieu. M. T*** l'accompagna, l'embrassa en pleurant à différentes reprises, et le quitta sans pouvoir dire un mot. Odouard, qui était à son côté, nous serra la main en nous souhaitant un bon voyage.

Il était nuit lorsque nous rentrâmes; il ordonna aussitôt à Michel de préparer sa malle, et me pria de retourner à Padoue, afin de prendre les lettres que lui avait offertes M. C***. Je partis au même instant.

Alors, au bas de la lettre qu'il avait commencée pour moi le matin, il ajouta ce post-scriptum:

«Puisque je n'ai pu t'épargner la douleur de me rendre les derniers devoirs, et qu'avant que tu vinsses, j'avais l'intention d'écrire au curé, ajoute ce dernier bienfait à ceux dont tu m'as déjà comblé. Que je sois enseveli comme on me trouvera, dans un site abandonné... pendant la nuit, sans pompe... sans tombeau... sous les pins de la colline en face de l'église... Le portrait de Thérèse sera enterré avec moi.

»Ton ami, JACQUES ORTIS.»