Son père, Nicolas Guastamacchia, chercha vainement à réprimer les tendances vicieuses de sa fille, et, dans l'espoir que le mariage serait un frein à ses passions, il la maria à un pauvre diable de notaire, nommé Francesco Rubino, qui, perdu lui-même de vices, consentait aux débauches de sa femme avec son amant de cœur. Le malheureux père voulut s'interposer; mais les deux amants se moquèrent de lui et continuèrent le même genre de vie, jusqu'à ce que le mari, ayant commis un faux, s'enfuît à Rome, où il mourut dans l'hôpital du Saint-Esprit. Judith, redevenue libre, retombait sous l'autorité de son père. Pour échapper à cette autorité, elle s'enfuit à Naples, où, quelques mois après, son amant vint la rejoindre.

Nicolas Guastamacchia l'y poursuivit, bien résolu à mettre fin à cette vie de débauche, qu'il regardait pour lui comme un déshonneur. Il retrouva sa trace avec grande peine, et l'accusa devant le juge, lequel la fit venir en présence de son père et commença à lui faire des reproches. Mais l'étonnement du magistrat fut grand, lorsque Judith déclara que Guastamacchia n'était pas son père, mais un homme qu'elle savait être partisan enragé des Français et de la Révolution. Une pareille accusation, en 1796, c'est-à-dire au milieu des plus horribles réactions bourboniennes, c'était la mort. Par bonheur, et par hasard, le juge était un honnête homme qu'une pareille accusation, de la part d'une fille, fit frissonner. Au lieu de faire arrêter Nicolas Guastamacchia, il fit arrêter Judith, et l'enferma d'abord à la prison de Santa-Maria, ensuite à la Vicaria.

Les deux amants, furieux d'être séparés, imaginèrent un plan qui devait leur rendre, avec la liberté de Judith, la faculté de leurs premières amours.

Daniello avait un neveu nommé Dominique-Léonard Altamura. Il avait seize ans; il était beau de sa personne, mais, par malheur, dissipé et abhorrant le travail. Celui-ci, séduit par la dot promise par son oncle, épousa Judith, et, pour, la seconde fois, celle-ci eut le voile du mariage pour couvrir ses désordres.

Cependant, Altamura s'aperçut bientôt lui-même du piége où il était tombé; la beauté de sa femme le rendit jaloux. Il se lassa de voir son oncle sans cesse à ses côtés: il lui reprocha sa conduite. Judith, irritée, en vint aux querelles, et, fatiguée de ce joug auquel elle ne s'attendait pas, elle arrêta dans sa pensée la mort de son mari. Elle en parla sérieusement à Daniello; mais celui-ci, d'instinct moins féroce qu'elle, s'effraya d'un pareil projet; il proposa des moyens moins cruels. Il voulait pousser son neveu à quelque délit qui le fît condamner à la prison ou à l'exil; mais ce moyen terme ne satisfaisait pas la haine de Judith.—Femme de toutes les luxures, elle avait aussi celle du sang. Elle continua donc de proposer à son amant de se débarrasser de son mari, soit par le poison, soit en le précipitant d'une grande hauteur, soit en l'étranglant elle-même au moment où il accomplirait avec elle l'acte conjugal.

Dans ces incertitudes, et au milieu de ces projets toujours repoussés par Daniello, on atteignit l'année 1800, sans qu'il arrivât malheur à Altamura, non point parce que Judith s'était relâchée de sa haine contre lui, mais parce que, s'étant relâché de sa jalousie contre elle, il avait fermé les yeux sur ses amours avec son oncle.

Cependant, un autre ennemi allait se réunir aux deux premiers contre le pauvre Altamura. Cet ennemi, c'était le père de Judith, emprisonné pour dettes, et qui, tiré de prison par Daniello, habitait maintenant dans la maison de sa fille, en compagnie du mari et de l'amant. Là, cette nature variable se laissa influencer. Judith arriva à rejeter toutes ses fautes sur Altamura, et, par ses plaintes continuelles, finit par exaspérer son père contre lui.

Tous nos acteurs faisaient une espèce de halte au milieu des doutes et de l'incertitude: Judith entraînait son père au crime, et essayait d'y entraîner son amant, lorsque, pour leur malheur, un cinquième personnage, entrant dans leur intimité, rendit, vers le crime, leur mouvement plus rapide. Ce personnage se nommait Pierre de Sandoli; il était âgé de vingt-six à vingt-sept ans; il était chirurgien, partageait les faveurs de Judith, et était à la fois l'objet de la jalousie du mari et de l'amant. Judith s'inquiéta peu du mari, mit tous ses soins à réconcilier les amants, y parvint, introduisit Pierre de Sandoli dans la maison, et trouva en lui une facilité à conspirer la mort du mari qu'elle n'aurait pas trouvée dans Daniello. Sandoli était un de ces hommes qui naissent pour être un outrage à la nature et un procès au bourreau.

La mort d'Altamura fut donc décidée. Les coupables, ayant arrêté le crime, cherchèrent les moyens de l'exécuter.

La confession des prévenus eux-mêmes révèle les discussions qui eurent lieu avant d'en arriver à l'un ou à l'autre de ces moyens, qui tous avaient pour but la mort du malheureux Altamura. On flottait d'un expédient à l'autre, non que cette mort ne fût pas résolue, mais pour chercher celle qui paraîtrait la moins compromettante; Judith seule, méprisant la faiblesse de ses deux complices, Sandoli et Guastamacchia,—Daniello avait refusé de prendre part au meurtre, tout en le laissant s'accomplir;—Judith seule décida que l'on chercherait un sbire, et que, le sbire trouvé, on s'unirait à lui pour exécuter en commun le crime.