Le chirurgien se chargea de ce soin; un sbire n'est pas difficile à trouver à Naples; d'ailleurs, il n'eut qu'à passer en revue ses anciennes connaissances, et son choix s'arrêta sur un certain Michele Sorbo, de Cirignola, jeune homme de vingt-deux ans, expert dans le crime, et qui, même sans espoir de récompense, avait plus d'une fois taché ses mains de sang.

On expédia le vieux Guastamacchia vers Cirignola, d'où il devait ramener Michele Sorbo, lorsque le hasard fit qu'il le rencontra aux environs de Naples. Il lui raconta la chose dont il était question; Sorbo accepta la proposition comme il eût accepté une partie de plaisir. Il fut conduit à la maison, accueilli et caressé par Judith, et reçu avec indifférence par le stupide mari. L'avis du sbire fut pour la strangulation: Sandoli et Guastamacchia se rangèrent à cet avis, et Judith en devint presque folle de joie.

Les circonstances qui accompagnèrent l'assassinat indiquent sur quelles bases irréfragables repose le système phrénologique du docteur Miraglia, en montrant avec quelle froide et impitoyable férocité procéda, pour sa part, Judith.

Le crime devait être exécuté par Judith, son père et le sbire, la présence de Sandoli étant inutile et Daniello ayant déclaré qu'il ne voulait point y prendre part.

Pendant la soirée où l'assassinat devait avoir lieu, Judith envoya son mari chercher plusieurs choses pour le souper. On voulait, en son absence, prendre les dispositions nécessaires à la perpétration du meurtre.

On plaça quatre siéges devant le feu. Seulement, on scia aux trois quarts le pied d'un de ces siéges, afin que celui qui s'assoirait dessus tombât à la renverse.

Ce siége fut réservé pour Altamura.

Le sbire reçut des mains de Judith une cordelette, et, pour rendre la strangulation plus prompte et plus facile, il l'enduisit de suif et y prépara un nœud coulant.

De retour vers les neuf heures du soir, Altamura s'assit, sans aucun soupçon, sur le siége qu'il trouva vide. Judith et le sbire échangèrent alors un regard. Judith, pour occuper Altamura, vint lui jeter les bras autour du cou. Pendant ce temps, Michele Sorbo se leva, passa derrière lui, lui glissa le lacet et le renversa, en essayant de l'étrangler.

Altamura était jeune, il était vigoureux, il comprenait le dessein de ses adversaires, il aimait la vie: il lutta avec toute l'énergie du désespoir; mais Judith se cramponna à lui comme une goule, lui appuyant ses genoux sur la poitrine et fixant au sol ses pieds convulsifs et ses mains crispées. Le père concourut au meurtre en appuyant le pied sur la gorge du patient, qui, étranglé, du reste, par Michele Sorbo, rendit bientôt le dernier soupir.