Le meurtre accompli, Daniello entra et désapprouva complétement ce qui venait de se passer. Après lui vint le chirurgien, qui, au contraire, manifesta une satisfaction stupide; mais, de tous, Judith était la plus joyeuse et la plus intrépide, comme elle fut la plus acharnée à l'horrible boucherie qui allait suivre.
Le cadavre fut posé dans un pétrin de bois; le chirurgien prit alors un bistouri, détacha du tronc les bras, les jambes, les cuisses et la tête; il lui ouvrit le ventre, en tira les viscères et les mit dans un vase de grès.
Judith repue, mais non pas fatiguée de ce spectacle, s'empara de la tête coupée, alluma le feu, mit la tête dans une marmite et la fit bouillir, et, cela, plutôt par une insatiable luxure de sang que pour la rendre méconnaissable. Il avait été convenu d'avance que les membres coupés seraient dispersés dans la ville. En conséquence, Guastamacchia et Michele Sorbo prirent d'abord les jambes et les cuisses, les cachèrent sous leurs habits et allèrent les jeter dans les cloaques de Sant'Angelo à Nilo. Revenus sans avoir été inquiétés dans leurs opérations, Guastamacchia resta à la maison, et le sbire sortit de nouveau, emportant dans un sac ensanglanté les bras, que Judith avait préparés en son absence et qu'il devait aller jeter dans un autre endroit.
Pendant ce temps, Judith continuait de faire bouillir la tête de son mari, dont la chair se détacha peu à peu. Alors, elle la tira de la chaudière et s'amusa à la regarder avec la même indifférence qu'elle eût fait d'une tête de veau. Elle attendait ainsi, et dans cette étrange distraction, le retour du sbire; mais le sbire se faisait attendre, Guastamacchia et Sandoli tremblèrent qu'il ne fût arrivé quelque chose. Judith seule resta gaie, impassible et rassurant les autres.
Et, en effet, le sbire avait rencontré, dans la rue de Sainte-Catherine-de-la-Couronne-d'Épines, une patrouille de police; en se sauvant, il avait laissé tomber le sac qui contenait les bras coupés: la patrouille le poursuivit, le vit tout couvert de sang et l'arrêta.
La nuit s'écoulait, et à chaque minute s'envolait une chance du retour de Michele Sorbo. La crainte de quelque dénonciation commença à entrer dans l'âme des coupables, qui s'occupèrent de faire disparaître les traces du crime. Le père et le chirurgien firent deux paquets du reste du corps, entrailles comprises, et allèrent les jeter vers la Pignasecca. Ils revinrent aussi vite que possible, et, alors, ce fut Judith qui sortit avec son père, emportant la tête cachée sous son châle et qui alla la jeter sur la place de Monte-Calvario.
Le jour venu, on vit à la Pignasecca un chien qui rongeait un crâne d'homme; le bruit se répandit en même temps que l'on avait trouvé des membres mutilés aux environs et particulièrement aux cloaques de Sant'Angelo à Nilo.
La ville se soulevait tumultueusement. On ne savait pas si c'était un seul cadavre ou beaucoup de cadavres qui avaient été retrouvés mutilés. On était au jour des assassinats sombres et secrets; chacun craignait pour sa vie; les crimes du jour étant à la politique.
Mais bientôt le bruit se répandit que c'était un simple crime, et que la politique n'était pour rien dans cet effroyable meurtre. On ajoutait, ce qui rassura tout à fait les citoyens, que les coupables avaient été arrêtés et avaient avoué spontanément qu'ils étaient les auteurs de cet assassinat.
Les aveux des prévenus, et particulièrement ceux de Judith, donnèrent complétement raison à l'étude faite par M. Miraglia, sur son crâne, cinquante-six ans après que ces aveux avaient été faits et sans qu'il connût la femme à laquelle ce crâne appartenait.