Toute la famille se trouvant réunie, ils préparèrent un grand festin pour célébrer ce bonheur inespéré. Mais comme Hân-wen voulait observer fidèlement la règle de son ordre, on lui servit à part plusieurs plats de végétaux. Les convives burent jusqu'au milieu de la nuit.
Le lendemain le docteur se leva dès l'aurore, prit avec lui plusieurs domestiques, et, sortant par la porte de l'ouest, il alla offrir un sacrifice funèbre sur les tombes de ses aïeux. Quand il fut de retour, on le pria de montrer l'ordre impérial qui conférait des titres et des dignités à ses parents.
Hân-wen, Kong-fou et Hiu-chi se revêtirent d'habits de cérémonie, et se prosternèrent du côté du palais pour remercier l'empereur de ses bienfaits.
Le docteur les pria ensuite d'acheter des présents funèbres, et de venir avec lui offrir un sacrifice à la pagode de Louï-pong, sur les bords du lac Si-hou.
Dès qu'ils furent arrivés, ils rangèrent sur une table les offrandes prescrites. Le docteur se mit à genoux, et quand il eut lu le décret impérial qui accordait à sa mère des honneurs posthumes, il poussa des cris lugubres, et resta quelque temps absorbé dans sa douleur.
Hân-wen ne put résister aux émotions de son cœur; il embrassa Kong-fou et Hiu-chi dans une attitude morne et silencieuse, et ils confondirent ensemble leurs soupirs et leurs larmes. Mais tout à coup ils aperçoivent le vénérable Fa-haï, qui descendait du milieu des airs. «Illustre docteur, s'écria-t-il d'un ton inspiré, quel bonheur pour moi de voir que vous êtes revenu aujourd'hui pour sacrifier à la pagode! Ce vieux prêtre vient aussi en ce moment pour accomplir une grande œuvre.»
En voyant le religieux, ils sont transportés de joie et le saluent humblement. «Ce vieillard est le vénérable Fa-haï, dit Hân-wen au docteur.
—Saint homme, lui dit le docteur en se prosternant à ses pieds, je vous en supplie, faites sortir ma mère de sa prison.
—Docteur, lui dit le religieux en le relevant avec bonté, vous êtes maintenant un des plus illustres serviteurs de l'empereur; comment ce vieux prêtre oserait-il désobéir à vos ordres? Votre noble mère a rempli aujourd'hui la mesure de ses peines, et je viens, par l'ordre de Bouddha, pour l'arracher de sa prison et la mettre en présence de son fils.»
En entendant ces paroles, le docteur est rempli d'une joie difficile à décrire.