—Je sais ce que j'ai à faire, repartit Hân-wen.»
Wang-touan partit donc seul, et reporta à la maison la boîte dont il était chargé.
Hân-wen se dirigea vers le lac Si-hou, et, après avoir parcouru plusieurs lis, il se trouva aux bords du fleuve Kiang. Il monta sur une barque, et arriva bientôt au lac Si-hou. Il découvre de loin de riches palais ornés d'élégants pavillons à doubles étages, et le lac Si-hou déroule devant lui ses eaux transparentes que sillonnent des milliers de barques, couvertes de sculptures et étincelant des plus vives couleurs. Des groupes joyeux allaient, venaient, et se croisaient sans interruption.
Hân-wen est transporté de joie, et ne peut suffire à contempler les merveilles qui s'offrent de toutes parts. Soudain il aperçoit deux jeunes filles qui étaient arrêtées au milieu du pont, et se plaisaient à prendre part au spectacle riant et varié que présentait le lac.
A peine Hân-wen a-t-il arrêté ses yeux sur elles, que ses esprits se troublent et sa raison s'égare.
Une coiffure légère, comme un nuage diaphane, caressait leurs noirs cheveux, leur taille était svelte et gracieuse, et leur figure brillait de tous les charmes de la jeunesse et de la beauté. On les eût prises pour les filles de Wang-tsiang et de Si-ché; elles auraient éclipsé les deux Kiao, dont le nom retentit encore à l'orient du fleuve Kiang.
On pouvait juger, d'après leur costume, que l'une était la maîtresse et l'autre sa servante; mais la première éclipsait sa compagne par la grâce et l'éclat de sa figure.
Hân-wen se sent pénétré d'une flamme soudaine; il ne se possède plus, et ressemble, comme dit le proverbe, «à un lion placé devant un brasier ardent.» Des coups d'œil passionnés sont lancés et rendus de part et d'autre. Hân-wen fixe ses regards sur les deux jeunes beautés, et ne peut se lasser de les voir et de les admirer.
Le lecteur demandera sans doute quelles étaient ces deux jeunes filles. C'étaient la Couleuvre blanche et la Couleuvre bleue que nous avons vues naguère dans le jardin fleuri du palais de Kieou-wang.
Cette promenade, sur les bords du lac Si-hou, n'était point un événement fortuit; elle devait fournir à Hân-wen l'occasion de contracter un mariage que le ciel avait arrêté depuis cinq cents ans. Cette première entrevue avait formé entre eux un lien indissoluble.