Hân-wen voit une pluie fine et pressée qui tombait sans interruption. «Mademoiselle, dit-il à la petite Bleue, votre serviteur a un parapluie; permettez-lui de vous le prêter, afin que vous en couvriez votre maîtresse jusqu'à son hôtel.» A ces mots, il présente son parapluie à la petite Bleue, qui le reçoit avec les marques de la plus vive gratitude.

«Monsieur, lui dit-elle en le remerciant, le ciel n'a point encore repris sa pureté, et il ne convient pas que nous vous laissions exposé à cette pluie d'orage; en vérité, nous ne souffrirons pas que vous nous prêtiez votre parapluie pour nous en retourner.

—Votre maîtresse, répondit Hân-wen, ne pourra marcher avec ses petits pieds sur ce chemin glissant; mais, nous autres hommes, nous courons partout d'un pas ferme et assuré. D'ailleurs, me voici tout près de la maison de mon beau-frère; ainsi, mademoiselle, rien n'empêche que vous acceptiez mon offre.

—Monsieur, répondit la petite Bleue, nous vous remercions mille fois de vos bontés, et nous ne les oublierons jamais; mais je crains de ne point vous trouver lorsque je viendrai demain chez vous pour vous remettre votre parapluie. Dans ce cas, comment devrai-je faire?

—Mademoiselle, lui répondit Hân-wen, il n'est pas nécessaire de me le reporter; demain matin, si le temps est pur, je viendrai moi-même le prendre chez vous.

—Vous avez une excellente idée», repartit la petite Bleue; elle lui indique aussitôt son adresse, et lui fait ses adieux.

La petite Bleue prend le parapluie de la main gauche, et de la droite elle soutient sa jeune maîtresse[16]. Au moment de s'éloigner, elles lancent au jeune homme quelques coups d'œil passionnés; mais elles avaient déjà subjugué l'âme et les sens de Hân-wen. Dès qu'elles l'ont quitté, il les suit des yeux, et ne songe à s'en retourner que lorsqu'il les a entièrement perdues de vue.

Laissons partir les deux fées, et revenons à Hân-wen.

Hân-wen, tout occupé de la passion qui s'était emparé de lui, marcha lentement, et n'arriva que fort tard chez son beau-frère.

«Mon frère, lui dit Hiu-chi[17] en l'apercevant, par quel hasard avez-vous trouvé du loisir pour venir nous voir?