«Si je n'avais égard qu'à votre crime, lui dit-il, je devrais vous condamner à mort, comme tous ceux qui volent le trésor public; mais je considère que vous êtes encore jeune, et que vous avez été trompé par des fées; c'est ce qui me porte à vous traiter avec indulgence. Je me contente de vous exiler dans le département de Sou-tcheou, à la poste de Siu-kiang.»

Le magistrat appela alors Kong-fou. «Emmenez ce jeune homme chez vous, lui dit-il, en attendant mes ordres.»

Kong-fou obéit et ramena Hân-wen dans sa maison.

Hiu-chi le reçut en pleurant. «Je n'ai que toi de frère, lui dit-elle, et voilà que des fées t'ont plongé dans le malheur! Il est heureux pour toi que le mari de ta sœur ait reconnu l'argent du trésor, et qu'il ait couru te dénoncer; sans cela tu serais tombé complétement dans leurs piéges, et tu étais perdu pour toujours. Je ne désire qu'une chose, c'est que tu aies un heureux voyage, et qu'au bout de trois ans tu reviennes en bonne santé.»

Comme ils étaient à pleurer et à gémir ensemble, ils voient entrer M. Wang qui, ayant appris ce qui s'était passé, était accouru en toute hâte pour voir Hân-wen. Dès que le jeune homme eut reconnu son maître, il éprouva un redoublement de douleur et de désespoir.

«Mon enfant, lui dit M. Wang en versant des larmes, je ne prévoyais pas que vous dussiez tomber dans ce malheur; mais c'était votre destinée: il faut vous y soumettre avec résignation. Voici quelques onces d'argent que je vous offre pour subvenir aux frais de votre voyage. J'ai à Sou-tcheou un ami intime dont le nom de famille est Wou, et le surnom Jin-kié; il demeure dans la rue de Wou-kia où il a ouvert une pharmacie. Je vais vous écrire une lettre que vous lui remettrez vous-même. Dès qu'il aura reçu ma recommandation, je suis sûr qu'il s'intéressera à vous.

—Je vous remercie, monsieur, lui dit Hân-wen; je n'oublierai de ma vie ce service signalé.»

Aussitôt M. Wang écrivit la lettre, la remit à Hân-wen et reçut ses adieux.

Au bout de quelque temps, le magistrat, de qui dépendait le gouverneur, envoya l'ordre du départ, et fixa un délai de trois jours pour se mettre en route. Le gouverneur lui transmit immédiatement sa réponse, et se hâta d'exécuter ses ordres.

Il chargea deux gendarmes de conduire Hân-wen au lieu de son exil. Ceux-ci se rendent à la maison de Kong-fou, et trouvent le frère et la sœur qui se tenaient embrassés et confondaient leurs soupirs et leurs larmes. Kong-fou offrit aux gendarmes des présents de voyage, et Hân-wen fut obligé de partir avec eux. Kong-fou accompagna son beau-frère hors de la ville jusqu'à une distance de dix lis.