«Mon fils, lui dit le Saint-homme en lui présentant la main avec bonté, levez-vous. Puisque vous désirez que ce pauvre Tao-ssé vous sauve, c'est une chose très facile.» Il quitte aussitôt son siége, et tire d'une cassette trois talismans[22] divins. Puis il dit à Hân-wen: «Voici trois talismans que le pauvre Tao-ssé vous donne. Emportez-les, et gardez-vous surtout d'en parler à votre femme. Cette nuit, à la troisième veille, vous en collerez un sur le seuil de la porte, vous en brûlerez un autre au feu du foyer, et vous garderez le troisième sur vous. Si vous suivez exactement mes conseils, nulle méchante fée ne pourra vous nuire. De mon côté, je vais ordonner aux esprits qui sont sous mes ordres, d'aller arrêter les fées qui vous tourmentent, et de les conduire en enfer pour vous délivrer. Souvenez-vous bien de mes paroles. Adieu!»

Hân-wen remercia le Saint-homme: il prit les trois talismans divins, et lui offrit les quatre onces d'argent qui étaient destinées à acheter de nouveaux médicaments.

«Mon fils, lui dit le Tao-ssé en souriant, mon unique désir est de chasser les mauvais esprits qui vous obsèdent et de vous sauver la vie. Je ne puis accepter cet argent.

—Je voulais seulement, répondit Hân-wen, vous témoigner ma reconnaissance. Si vous refusez, mon père, de recevoir ce faible présent, je n'oserai moi-même prendre vos divins talismans.»

Le Saint-homme, pressé par les instances réitérées de Hân-wen, se décida à accepter son cadeau, puis il le reconduisit jusqu'à la porte du temple.

Mais laissons un moment le Tao-ssé qui rentre dans l'enceinte sacrée, et Hân-wen qui reprend le chemin de sa maison.

Cependant Blanche était tranquille dans sa chambre; mais tout à coup elle est frappée de terreur. Elle a recours aux sorts, et apprend en un instant tout ce qui vient de se passer. «Hân-wen, dit-elle à la petite Bleue, s'est laissé leurrer par un sauvage Tao-ssé du mont Mao-chân; et dans ce moment il revient avec des talismans dont il veut se servir pour nous perdre. Dès qu'il sera entré, tu feras de telle et telle manière; je n'ai pas peur de ses divins talismans.»

La petite Bleue remua la tête en signe d'assentiment.

Quelques instants après Hân-wen entra dans la maison. Il salua Blanche en l'apercevant, et se garda bien de dire un mot des talismans.

«Monsieur, lui dit Blanche, vous êtes sorti de très bonne heure ce matin pour aller acheter de nouveaux médicaments chez M. Wou; comment se fait-il que vous reveniez si tard?»