Hân-wen, déguisant la vérité, lui répondit que M. Wou l'avait retenu à dîner, et que c'était là le motif qui l'avait empêché de revenir immédiatement.
Pendant qu'ils étaient à causer ensemble, la petite Bleue entra avec une tasse de thé et l'offrit à Hân-wen. En étendant le bras, il laissa paraître les talismans qu'il tenait dans sa main.
La petite Bleue s'en étant aperçue lui demanda ce que c'était.
«Ce sont des prescriptions médicales, répondit aussitôt Hân-wen.
—Quelles prescriptions médicales? lui demanda vivement la petite Bleue. Permettez à votre servante d'y jeter elle-même les yeux.
—Vous autres femmes, reprit Hân-wen, vous n'entendez rien à la médecine: qu'avez-vous besoin de voir ces prescriptions?»
La petite Bleue sachant bien que Hân-wen ne consentirait pas à lui communiquer les papiers qu'il tenait, les lui arracha brusquement et s'enfuit. Hân-wen courut après la petite Bleue pour les lui reprendre; mais avant qu'il pût l'atteindre elle les déchira en pièces.
«Petite coquine, s'écria Blanche en faisant semblant de la gronder, comment as-tu l'impudence de déchirer les ordonnances de mon mari?
—Madame, lui répondit la petite Bleue, ce n'étaient pas des ordonnances; c'étaient des vers galants qui m'étaient adressés.
—A quoi bon me tromper, lui dit Blanche en souriant, je sais parfaitement que c'étaient de maudits talismans qui lui ont été donnés dans le temple de Liu-tsou, par un fripon de Tao-ssé du mont Mao-chân. Mon mari s'est laissé leurrer par lui dans l'espoir de chasser je ne sais quelles fées: ce n'est pas tout; le même charlatan lui a escamoté quatre onces d'argent. Demain matin j'irai m'expliquer avec cet imposteur et lui redemander l'argent.»