Blanche brave mille dangers pour aller dérober de l'ambroisie sur les bords divins du lac Yao-tchi.

Elle exerce la médecine, et aide la femme du gouverneur à mettre au monde deux jumeaux.

Revenons à Hân-wen, qui, en entrant dans la chambre de sa femme, avait ouvert les rideaux pour la voir. Dès qu'il eut aperçu sur le lit une grande Couleuvre blanche, il était tombé à la renverse, et était mort de frayeur. A cette époque de la journée, l'heure de midi était passée, et la petite Bleue avait recouvré sa forme humaine. Ayant entendu pousser des cris d'effroi dans la première chambre, elle se leva et y courut avec empressement. Elle aperçoit par terre Hân-wen, qui était étendu sans vie, et, sur le lit, elle vit Blanche qui avait repris sa forme de Couleuvre. Elle pâlit d'effroi. «Madame, s'écrie-t-elle en appelant Blanche d'une voix perçante, hâtez-vous de reprendre votre forme humaine. Vous avez fait mourir votre époux de frayeur. Je vous en supplie, réveillez-vous!»

Quoique Blanche fût plongée dans un sommeil léthargique, elle entendit la voix de la petite Bleue; elle revint à elle, et reprit sa forme humaine. Elle se lève avec effort, et aperçoit Hân-wen, qui gisait par terre sans faire aucun mouvement. Elle pousse des cris et des sanglots, et le serre tendrement dans ses bras. «Cher époux, dit-elle en pleurant, lorsque vous m'avez fait boire de force ce vin mêlé de soufre mâle, j'ai éprouvé des douleurs aussi cruelles que si l'on m'eût coupée par morceaux. Il m'a été impossible de m'occuper de moi-même; je suis tombée dans un sommeil léthargique, et j'ai repris malgré moi ma première forme. Je ne savais pas qu'en entrant dans ma chambre, la vue de ma métamorphose vous ferait mourir de frayeur. C'est moi qui suis cause de votre mort!» Elle dit et verse un torrent de larmes.

«Madame, lui dit la petite Bleue en pleurant, puisque votre mari est mort, et qu'il ne peut plus revenir à la vie, à quoi bon vous affliger de la sorte? Enterrez-le, et qu'il n'en soit plus parlé. J'irai avec vous dans un autre pays, et je ne crains pas que vous manquiez de trouver un autre époux, doué d'agréments et d'esprit.

—Quelles paroles as-tu laissé échapper? lui dit Blanche d'un ton courroucé; puisque je suis mariée avec Hân-wen, comment pourrais-je montrer une si noire ingratitude? Mais ce n'est pas là le seul motif qui me guide. Je cultive la science du Tao (de la raison), et je connais les devoirs de toute femme vertueuse; comment pourrais-je m'attacher à un second époux? Comme c'est moi qui ai causé la mort de Hân-wen, il est juste que je cherche quelque moyen de le rappeler à la vie.

—Vous êtes vraiment folle, lui dit la petite Bleue. Votre époux est mort, et déjà son âme est retournée dans l'autre monde. Il n'existe aucun remède, aucun art magique qui puisse le rappeler à la vie.

—Petite Bleue, lui répondit Blanche, c'est ce que tu ne sais pas. Je veux délivrer mon époux, et lui rendre la vie. Pour cela, je veux aller, au péril de mes jours, sur les bords divins du lac Yao-tchi, et dérober l'ambroisie des dieux. Pendant ce temps-là, tu resteras auprès de mon époux, et tu veilleras sur lui.

—Madame, lui dit la petite Bleue pour la détourner de son projet, les bords du lac Yao-tchi sont habités par la déesse Ching-mou. Si vous voulez dérober l'ambroisie des dieux, vous vous exposez à perdre la vie.

—Je veux sauver mon époux, repartit Blanche; il faut absolument que j'y aille. Si je ne réussis pas à dérober l'ambroisie des dieux, je mourrai sans regrets sur les bords divins du lac Yao-tchi.»

A peine a-t-elle fini de parler, qu'elle prend le costume d'une religieuse de la secte des Tao-ssé. Elle monte sur un nuage, et arrive en un instant dans le pays des dieux, sur les bords du lac Yao-tchi. Elle aperçoit un jeune homme qui avait une tête de singe blanc. Il était assis en observation à l'entrée de la grotte principale, et l'empêcha d'y entrer.