Le lecteur demandera sans doute ce que c'était que l'étoile Nân-sing. Il faut savoir que le dieu du pôle austral avait sous ses ordres un jeune homme à tête de cigogne blanche: c'était le génie de l'étoile Nân-sing. Ce jour-là, comme aucune affaire ne le retenait dans l'intérieur du palais, il s'amusait au dehors, en se promenant sur les nuages. Tout à coup il aperçoit un nuage noir qui roulait rapidement vers lui, et répandait au loin des vapeurs empestées. Le jeune homme à tête de cigogne regarde un instant, et reconnaît que c'est une fée qui arrive vers lui. Soudain il s'élance sur un char de nuages, et vole à sa rencontre. «Monstre odieux! lui cria-t-il d'une voix courroucée, où vas-tu?»
A peine Blanche a-t-elle entendu la voix du jeune homme à tête de cigogne, qu'elle est glacée d'effroi, et que son âme s'échappe de son corps; elle tombe du haut des airs, et va expirer au pied de la montagne.
Le jeune homme à tête de cigogne la suit dans sa chute, d'un vol impétueux, et il était sur le point de la mettre en pièces avec son bec acéré. Mais tout à coup un jeune dieu à tête de loriot blanc, s'élance du haut des airs et arrête le jeune homme à tête de cigogne. «Mon frère, lui dit-il, il ne faut pas lui ôter la vie. Le malheur qui lui arrive maintenant était décrété par le ciel. Mais le dieu Fo (Bouddha), qui habite la mer du Midi, m'a envoyé vers vous dans la crainte que vous ne fassiez périr cette créature perverse, faute de savoir les vues que le destin a sur elle. Voilà, mon frère, le motif qui m'a engagé à venir vous attendre ici. J'espère que vous aurez pitié d'elle, et que, pour obéir au destin, vous lui laisserez la vie.
—Je déteste les fées comme mes plus cruels ennemis, répondit le jeune homme à tête de cigogne. Mais puisque mon frère vient me trouver par l'ordre suprême de Fo, je dois lui obéir, et laisser la vie à cette méchante fée.»
Le jeune dieu à tête de loriot lui ayant fait des remercîments, le dieu à tête de cigogne prit congé de lui, et s'en retourna au palais du pôle austral.
Le jeune dieu à tête de loriot s'approche du corps de Blanche, et voyant qu'elle ne respirait plus, il prononça des paroles magiques qui ont le pouvoir de ressusciter les morts, et s'approchant de son visage, il souffla dans sa bouche avec son haleine divine. Sur-le-champ Blanche recouvra son âme qui s'était échappée, et se réveilla de sa léthargie. Elle se prosterne aux pieds du dieu, et le remercie de lui avoir rendu la vie.
«Blanche, lui dit le jeune dieu à tête de loriot, je suis venu par l'ordre suprême de Fo, pour vous arracher à la mort. Retournez vite auprès de votre époux, et rappelez-le à la vie.»
A ces mots, il s'élance sur un char de nuages, et s'en retourne vers la mer du Midi, pour rendre compte au dieu Fo de sa commission.
Blanche ramassa la plante d'immortalité, et monta rapidement sur un char vaporeux qui la transporta chez elle en un clin d'œil. Elle entre dans sa chambre, et appelle la petite Bleue. «Voici la plante d'immortalité, lui dit-elle; prends-la vite et fais-la bouillir dans de l'eau, pour ressusciter mon mari.»
La petite Bleue prit la plante d'immortalité. «Madame, demanda-t-elle à Blanche, cette plante vient-elle des bords divins du lac Yao-tchi? Pourquoi avez-vous été absente aussi long-temps?