—Seigneur, lui dit Blanche, il est bien vrai que je suis une Fée; laissez-moi entrer en religion, afin qu'à l'avenir je ne tourmente plus votre existence qui est aussi précieuse que l'or.
—Chère épouse, lui dit Hân-wen, à quoi bon tenir un pareil langage? Si votre époux vous a offensée, il avoue ses torts et il vous en demande pardon.» Il dit et se prosterne à ses pieds.
Blanche est remplie d'émotion et se jette à genoux devant lui. «Monsieur, s'écria-t-elle, levez-vous! Un homme ne doit point se mettre à genoux, quand ce serait pour ramasser de l'or. Tuez-moi plutôt: tout cela n'est arrivé que par l'imprudence de ma langue. J'espère que vous oublierez mon crime et que vous m'accorderez un généreux pardon.»
Hân-wen releva Blanche avec empressement, et se livra à toute la joie que lui causait cette réconciliation.
Depuis ce moment les deux époux vécurent, comme auparavant, dans une heureuse harmonie. La petite Bleue riait en secret de la simplicité de Hân-wen, et du stratagème adroit qu'avait employé sa maîtresse; mais passons à un autre sujet.
Le préfet de Sou-tcheou-fou s'appelait Tchîn; son surnom était Lun, et son nom honorifique était So-king. Il s'était élevé à cette charge par ses succès littéraires. C'était un homme pur et intègre dans l'accomplissement de ses devoirs, et il aimait le peuple comme sa propre famille. Sa femme, nommée Hao-chi, était enceinte de neuf mois, et touchait au terme de sa grossesse. Mais elle ressentit pendant trois jours et trois nuits les douleurs de l'enfantement, sans pouvoir devenir mère. Il appela tous les médecins de la ville, qui déclarèrent unanimement que les ressources de l'art étaient impuissantes. Le préfet fut rempli d'effroi et de douleur. Il s'assied, tout découragé, dans la salle de réception; mais bientôt la fatigue s'empare de ses sens, ses yeux s'obscurcissent, et il s'endort d'un profond sommeil. Il vit en songe un homme vêtu de blanc, qui lui dit: «Monsieur le préfet Tchîn, je suis le dieu Kouân-în; je connais la pureté et le désintéressement que vous avez constamment montré dans toutes vos fonctions; je veux vous en récompenser aujourd'hui. Votre femme est en travail d'enfant et ne peut devenir mère; je viens vous indiquer le moyen de la délivrer de ses souffrances. Envoyez quelqu'un dans la rue de Wou-kia, à la boutique appelée Pao-ngan-tang (le magasin de la santé), et appelez auprès d'elle le médecin célèbre que l'on nomme Hiu-hân-wen: c'est le seul homme qui puisse la sauver. Souvenez-vous bien de mes paroles: adieu!»
Après avoir dit ces mots, il monte sur un char de nuages étincelants, et disparaît dans l'espace.
Soudain le préfet s'éveilla. Tout à l'heure, se dit-il en lui-même, le dieu Kouân-în a daigné m'apparaître en songe, et m'a engagé à faire appeler le docteur Hiu-hân-wen, en m'assurant que ce médecin était capable de sauver ma femme.
Sans perdre de temps, il envoie deux de ses serviteurs, qu'il charge d'aller lui remettre un billet pour l'inviter à venir.
Les deux serviteurs obéissent à l'ordre du préfet, et se hâtent d'aller remplir leur commission.