—Seigneur, répondit Hân-wen, que votre noble cœur cesse de s'inquiéter. Par mon humble condition, je suis soumis aux ordres de votre Excellence, et je dois faire tous mes efforts pour soulager votre illustre épouse. J'ose vous promettre qu'elle se sentira soulagée dès qu'elle aura pris mes médicaments.»

Le préfet est rempli de joie, et accompagne Hân-wen dans la chambre de sa femme. Le docteur, prenant un air d'importance, tâte le pouls de la main droite et de la main gauche, et sort avec le préfet, qui le fait asseoir auprès de lui dans la salle de réception. «Je vous félicite, seigneur, s'écria tout à coup Hân-wen; l'épouse de votre Excellence porte deux fils jumeaux dans son sein, et c'est pour cela que son accouchement est si laborieux. J'ai apporté deux pilules d'une vertu merveilleuse; donnez-les à madame dans une tasse de bouillon, je vous réponds qu'elle accouchera sur-le-champ.»

A ces mots il tire de sa manche les deux pilules, et les remet gravement au préfet.

Celui-ci est ravi de joie; il reçoit dans sa main les deux pillules, et ordonne à une servante de les faire avaler à sa femme dans une tasse de bouillon.

Cette prescription médicale donna lieu à beaucoup d'événements. Deux jumeaux font surgir une foule de malheurs. Le lecteur désire sans doute savoir si la femme du préfet accoucha après avoir avalé les deux pilules; qu'il lise le chapitre sixième.


[CHAPITRE VI]

ARGUMENT.

Les médecins irrités imaginent un stratagème pour perdre Hân-wen.

Un magistrat bienveillant lui témoigne son affection, et le condamne à une peine légère.

Comme le préfet était occupé à causer avec Hân-wen dans la salle de réception sur la maladie de sa femme, il vit accourir une servante qui lui dit: «Seigneur, bonnes nouvelles! Dès que l'épouse de Votre Excellence eut avalé les deux pilules, elle éprouva une violente douleur, et accoucha sur-le-champ de deux fils, qui tenaient chacun une pilule dans la main gauche.»