A ces mots, le préfet est ravi de joie: «Monsieur le docteur, dit-il à Hân-wen, avec un visage épanoui, vos pilules ont vraiment une vertu merveilleuse; vous êtes le premier médecin de l'empire, et je suis convaincu même que vous n'avez point de rival au monde.»
Hân-wen fut enchanté de ces compliments. «Seigneur, répondit-il d'un ton modeste, cet heureux résultat ne peut être attribué qu'au bonheur qui accompagne Votre Excellence et sa digne épouse. Votre serviteur n'oserait jamais l'attribuer à son faible mérite.»
Le préfet fit préparer un festin splendide pour traiter Hân-wen. Nous n'avons pas besoin de dire que, pendant le repas, il eut pour lui toutes sortes d'attentions, et qu'il ne cessa de vanter sa rare habileté.
Quand le festin fut terminé, Hân-wen se leva, fit ses adieux au préfet et lui adressa ses remercîments. Le magistrat lui offrit quatre pièces de satin à fleurs, et mille onces d'argent, pour lui témoigner sa reconnaissance.
«Seigneur, lui dit Hân-wen, le faible service que je vous ai rendu ne me permet pas d'accepter de si riches présents.
—Ne soyez pas si modeste, lui dit le préfet en riant; j'ai voulu seulement vous donner une preuve de ma gratitude.»
Hân-wen le remercia de nouveau, et quitta la préfecture.
Le magistrat ordonna à deux domestiques de porter les pièces de soie et les onces d'argent. Huit musiciens accompagnaient Hân-wen qui était mollement assis dans une chaise à porteurs. Quand il fut arrivé chez lui avec ce brillant cortége, il congédia toutes les personnes qui l'avaient accompagné. Cet heureux succès fut un sujet de joie pour toute sa maison.
Bientôt cette nouvelle se répandit parmi tous les médecins de la ville, qui furent transportés de colère contre Hân-wen. Ils résolurent de se réunir le lendemain dans le temple appelé San-hoang-miao, pour délibérer ensemble sur les moyens de le perdre.
Le lendemain matin, de bonne heure, tous les médecins se trouvèrent réunis dans le temple. Après qu'ils se furent salués, et que chacun eut pris la place qui lui était assignée, un jeune médecin se leva et leur parla en ces termes: