Les gendarmes déposèrent leurs bagages dans une hôtellerie, et allèrent présenter leur mandat à la préfecture.

Le gouverneur de la ville ayant pris connaissance de cette pièce officielle, envoya Hân-wen au relai de Siao-yong pour y occuper un des derniers emplois. Les deux gendarmes reçurent ensuite la réponse écrite du préfet, et s'en retournèrent à Sou-tcheou-fou.

Quand Hân-wen fut arrivé à la poste de Siao-yong, il alla rendre visite au directeur, et lui offrit un cadeau. Le directeur fut charmé de cette politesse, et ne songea nullement à le molester ou à gêner sa liberté. Un jour Hân-wen demanda à un homme attaché au relai, s'il connaissait dans ce village une personne nommée monsieur Siu.

—Serait-ce, lui répondit-il, un jeune homme surnommé Kien?

—C'est lui-même, répliqua Hân-wen.

—Pourquoi me demandez-vous des renseignements sur lui?

—Il a dans la ville de Sou-tcheou-fou un parent qui m'a remis une lettre pour lui; je désire la lui présenter moi-même.

—Il demeure près de la porte orientale de la ville, dans la rue des Feuilles-de-saule. Vous voyez là-bas cette grande maison qui regarde le midi d'un côté, et de l'autre le nord, et dont les murs sont peints en rouge: c'est la sienne.

—Je vous remercie, lui répondit Hân-wen.»

Aussitôt il mit la lettre dans sa manche, et sortit. A peine fut-il arrivé dans la rue des Feuilles-de-saule, qu'il aperçut en effet une grande maison qui regardait le midi d'un côté, et de l'autre le nord, et dont les murs étaient peints en rouge. Il reconnut à l'instant que c'était celle qu'il cherchait. Il frappa à la porte, et demanda: «Est-ce ici l'hôtel de monsieur Siu?»