Fa-haï, par l'ordre de Bouddha, reçoit l'âme de la Fée.

Le dieu Kouân-chi-în prend la forme d'un Tao-ssé, et guérit les maladies.


La paix et le silence règnent dans l'enceinte sacrée, et les fleurs les plus rares y répandent leurs parfums. Mais, hélas! des désirs coupables pénètrent encore dans la salle de jade. Vous tournez la tête, et des malheurs inouis viennent faire couler vos larmes. La pureté du vent, la fraîcheur de la rosée, vous rappellent malgré vous le sort de Lieou-lang.

Revenons maintenant au religieux Fa-haï, qui avait engagé Hân-wen à se retirer dans le couvent de Ling-în-sse. Il apprit, quelque temps après, qu'il avait rencontré les deux Fées au milieu de la route; que, séduit de nouveau par leurs discours perfides, il avait renoué ses premières liaisons avec elles, et les avait ramenées dans la ville de Tsien-tang. Cet événement remplit son âme d'amertume et de douleur.

Un jour que Fa-haï était absorbé dans sa méditation, il vit un personnage vénérable qui tenait un papier jaune dans sa main, et entrait dans sa cellule, située au milieu des nuages.

«Fa-haï, lui dit-il d'une voix imposante, j'arrive des extrémités du Midi pour vous apporter un décret de Bouddha. L'astre Wen-sing vient d'entrer dans la vie. Quand il aura atteint l'âge d'un mois, vous irez dans la ville de Tsien-tang, vous recevrez dans votre vase d'or l'âme de la Couleuvre blanche; et, pour accomplir le serment qu'elle a fait jadis au génie du pôle du nord[37], vous l'ensevelirez sous la pagode de Louï-pong. Vingt ans après, lorsque l'astre Wen-sing aura acquis un nom brillant, et qu'après avoir obtenu des honneurs pour ses parents, il viendra offrir un sacrifice dans cette pagode, vous permettrez à la mère de voir un instant son fils; ensuite elle retournera dans le séjour des âmes heureuses.» Il dit, et disparaît comme une vapeur légère.

Le religieux se prosterna au milieu de sa méditation pour recevoir les ordres de Bouddha. Il quitte sa cellule mystérieuse, et parle ainsi à ses disciples rassemblés: «Je vais descendre de la montagne, et voyager dans l'empire; bientôt je reviendrai au milieu de vous. En attendant, observez la règle dans toute sa pureté, et réprimez sévèrement les écarts de votre cœur.» Ils promettent tous de suivre ses sages instructions.

Fa-haï prend son vase d'or et son bâton sacré, et descend de la montagne. Ensuite il s'élève sur un char de nuages qui le transporte au couvent de Ling-în-sse, dans la ville de Tsien-tang.

Mais le temps s'écoule avec la rapidité de la flèche qui fend les airs. Mong-kiao venait d'atteindre l'âge d'un mois. Hân-wen fait préparer un repas splendide pour traiter ses parents, qui doivent venir le visiter à cette occasion. La nuit suivante, comme Blanche tenait Mong-kiao dans ses bras, elle éprouve une commotion subite, et il lui semble que tout son sang remonte vers son cœur. A peine a-t-elle eu recours aux sorts, qu'elle reste frappée d'effroi, et son âme est prête à s'échapper. «Petite Bleue, s'écrie-t-elle d'une voix gémissante, demain un grand malheur viendra fondre sur moi: comment faire pour le détourner?

—Madame, répond la petite Bleue, vous possédez mille moyens d'échapper aux dangers; qui vous empêche d'avoir recours à votre puissance magique?