—Hélas! lui dit Blanche en soupirant, je crains que mon heure ne soit venue, et alors, il n'y a ni sacrifices, ni science magique qui puissent me faire échapper à ma destinée.»
La petite Bleue fit de nouvelles instances à sa maîtresse. «Eh bien, lui dit Blanche, va préparer dans le jardin une table chargée de parfums: je consens à offrir un sacrifice pour conjurer les calamités qui me menacent.»
La petite Bleue obéit, et se hâte de disposer tous les objets nécessaires pour cette pieuse cérémonie. Blanche se baigna dans une eau parfumée, changea ses vêtements, et se rendit dans le jardin, les cheveux épars, et armée d'un glaive étincelant.
Elle prononce à voix basse des paroles sacrées, brûle des parfums, et consume des étoffes brochées d'or. Le sacrifice achevé, elle revient dans sa chambre avec sa servante.
Le malheur et le bonheur ont été décrétés d'avance; ni les prières ni les sacrifices ne peuvent changer la volonté du ciel.
Le lendemain matin, tous les parents et les amis de Hân-wen vinrent le féliciter. Il allait au-devant d'eux avec un visage épanoui, et les conduisait dans la salle de réception. Pendant qu'il était tout occupé de faire les honneurs de sa maison, il voit un vieillard vénérable qui se tenait sur le seuil de la porte. Hân-wen ne l'a pas plus tôt regardé, qu'il reconnaît Fa-haï, le supérieur du couvent de la Montagne-d'Or. Il se hâte d'aller le recevoir, et l'introduit dans le salon.
Le religieux s'étant assis, adressa la parole à Hân-wen. «Monsieur, lui dit-il, vous souvenez-vous des conseils que ce vieux prêtre vous donna dans le couvent? Vous vous êtes encore laissé tromper par Blanche; mais le jour de votre délivrance est arrivé. Je viens aujourd'hui pour chasser cette Fée qui vous obsède.
—Mon père, lui répondit Hân-wen, peu m'importe qu'elle soit une Fée; elle ne m'a jamais fait de mal, et de plus elle est remplie de sagesse et de vertus; voilà pourquoi votre disciple n'a pu se résoudre à l'abandonner. J'ose espérer, mon père, que vous approuverez ma conduite.
—Eh bien, lui dit le religieux, puisque vous persévérez dans votre aveuglement, je vous abandonne tous deux à votre sort; mais, après un si long voyage, je sens ma bouche desséchée; je vous prie de m'apporter une tasse de thé.
—Nous en avons, lui répondit vivement Hân-wen.» Comme il se levait pour entrer dans l'intérieur de la maison, le religieux le retint. «Je crains, lui dit-il, que vos tasses à thé ne soient pas parfaitement pures. J'ai apporté avec moi un vase qui est à mon usage; vous pouvez aller me le remplir de thé.» Il dit, et lui remet le vase sacré.