A ces mots une lumière blanche s'élève du milieu du vase; elle se condense et prend la forme de Blanche.

Hân-wen la serre dans ses bras et la presse sur son cœur, en l'arrosant de ses larmes. Au moment où les deux époux se tenaient tendrement enlacés, et confondaient leurs caresses et leurs soupirs, le religieux s'écria d'une voix imposante: «Blanche, partez!»

Blanche se prosterne toute tremblante à ses pieds: «Mon père, lui dit-elle, j'obéis; mais après cette séparation cruelle, j'ignore si plus tard je pourrai sortir de ma prison.

—Partez! lui dit le religieux. Si vous pouvez épurer votre cœur et vous perfectionner dans la science de la vertu; quand votre fils aura acquis un nom illustre, et qu'il reviendra pour offrir un sacrifice dans cette pagode, je briserai moi-même les liens qui vous enchaînent ici, et je vous ferai passer dans le séjour des âmes heureuses. Mais si vous ne purifiez pas votre cœur, si vous n'effacez pas vos fautes, le lac se dessèchera, la pagode tombera en ruines, et vous ne pourrez sortir de votre prison.

—J'obéirai aux ordres de Bouddha,» lui dit Blanche, en frappant la terre de son front.

Le religieux lève son bâton et en frappe la pagode. Au même instant elle s'éloigne, et du sein de la terre s'échappe une source impétueuse. «Blanche, descendez!» s'écrie Fa-haï d'une voix imposante; et soudain Blanche se précipite dans les flots qui coulent aux pieds de la pagode. Il frappe une seconde fois la pagode de son bâton, et la pagode obéissante, revient couvrir la place qu'elle occupait.

Le religieux, ayant exécuté la sentence de Bouddha, monta sur un char de nuages et s'en retourna au couvent de la Montagne-d'Or. On peut dire avec le poète:

L'époux et l'épouse sont comme deux oiseaux d'une même forêt;

quand le terme fatal est arrivé, ils s'envolent chacun de leur côté.

Hân-wen s'abandonna si vivement aux émotions de sa douleur, qu'on craignit un instant pour ses jours. A la fin, il partit, et s'en retourna lentement dans sa maison; mais la vue de Mong-kiao ne fit que redoubler ses gémissements et ses larmes. Kong-fou et sa femme s'efforcent de le consoler, et parviennent à calmer son affliction.