[LE BONZE KAY-TSANG]
SAUVÉ DES EAUX.
HISTOIRE BOUDDHIQUE
La ville de Tchang-Ngan[1], dans le Chen-Si, est le lieu où les Empereurs ont successivement établi leur cour, depuis les Tcheou, les Tsin et les Han jusqu'à nos jours. Elle est partagée entre trois îles étincelantes comme des écharpes brodées, huit bras de rivières baignent ses murs: aussi jouit-elle d'une grande célébrité.
Quand Taï-Tsong, de la dynastie des grands Tang, prit les rênes du gouvernement, il data de l'année Tching-Kwan[2]. Or, la 13e année de son règne, l'Empire jouissait d'une paix profonde; les huit provinces payaient le tribut et les quatre mers reconnaissaient la souveraineté de la Chine.
Un jour, Taï-Tsong était sur son trône; les magistrats civils et militaires, réunis autour de lui, achevaient de faire leur cour, lorsque le ministre Oey-Tching sortit des rangs des courtisans et s'adressant à l'Empereur: «Aujourd'hui, dit-il, que le calme le plus parfait est rétabli dans le royaume, que les huit provinces sont pacifiées et tranquilles, il serait bon d'ouvrir, conformément aux lois de l'antiquité, un concours général, et d'y appeler les lettrés recommandables par leur sagesse et leurs lumières; afin de choisir parmi eux et de tirer parti de leurs capacités, pour ramener le peuple à la vertu.—La proposition de mon digne ministre est pleine de raison, répondit Taï-Tsong. »
Aussitôt il rendit un décret qui fut promulgué dans toutes les villes, dans tous les districts, dans toutes les provinces et jusque dans les camps. Il portait que les lettrés initiés à la lecture des livres classiques, capables d'en pénétrer le sens et de le développer avec clarté, et de présenter les trois compositions pour le doctorat, eussent à se rendre au concours général de la capitale.
L'ordonnance impériale parvint au pays de Haï-Tcheou. Un jeune homme nommé Tchin-Ngo, dont le titre honorifique était Kwang-Jouy (le Bouton brillant), aperçut cette affiche à la porte du palais. De retour chez lui, il dit à sa mère Tchang-Chy: «Un édit émané du trône proclame un concours dans la province du sud, afin de pouvoir, d'après le résultat de l'examen, employer les lettrés, selon leurs vertus et leurs talents. Votre fils a le désir de s'y présenter; s'il obtient une magistrature ou un grade quelconque, il donnera de l'éclat à son nom, se mariera et élèvera des enfants qui soutiendront l'honneur de sa famille. Votre fils est tout décidé; seulement, il tenait à consulter sa mère avant de partir.
—«Mon fils, répondit Tchang-Chy, vous êtes versé dans la connaissance des livres classiques: pendant l'enfance on étudie, et arrivé à l'âge mûr on tire parti de son savoir; ainsi, il faut aller comme les autres à cet examen. Mais durant le voyage soyez attentif à ce que vous ferez, et si vous obtenez quelque emploi, revenez au plus vite vers votre mère. »