Mais tout n’était pas en sûreté avec ce système, pas plus qu’avec le précédent. La grille d’or, comme le bec d’ivoire, ne protégeait que la chasteté du devant, en laissant l’autre absolument sans défense. Un Français pouvait s’en contenter, aussi croirions-nous volontiers ces engins de fabrication Française; mais un Italien du XVIe siècle (ménageons nos contemporains), n’aurait jamais cru sa femme entièrement sauvegardée par un appareil si incomplet. Les maris jaloux de ce temps-là étaient trop soupçonneux, trop bien au fait des habitudes de leurs compatriotes, pour ne prendre leurs précautions que d’un seul côté.
La seconde ceinture conservée au Musée de Cluny répond au double objet que les Italiens devaient se proposer, et elle est de plus fort remarquable: excellente comme engin préservatif, elle est en même temps un objet d’art. Elle se compose de deux plaques de fer forgé, gravé, damasquiné et repiqué d’or, réunies dans le bas par une charnière et dans le haut par une ceinture en fer ouvragé et à brisures. Tout autour des plaques et de la ceinture sont ménagés des trous destinés à la piqûre des doublures. La plaque de devant porte à l’extrémité inférieure une ouverture dentelée de forme allongée; l’ouverture de celle de derrière est en forme de trèfle. Toutes deux sont décorées de mascarons et d’arabesques; sur la partie antérieure sont de plus gravées les figures d’Adam et Ève. C’est une cuirasse à l’épreuve des armes les mieux trempées et défiant d’un côté comme de l’autre les tentatives les plus audacieuses. Voilà un véritable ouvrage Italien; aussi bien est-ce d’Italie que Mérimée l’a rapporté, pour en faire don au Musée de Cluny.
L’auteur de l’article Ceinture de chasteté, dans l’Encyclopédie, en décrit une autre d’une fermeture aussi exacte, mais d’une construction tout à fait primitive. «Cette Ceinture,» dit-il, «est composée de deux lames de fer très flexibles assemblées en croix; ces lames sont couvertes de velours. L’une fait le tour du corps, au-dessus des reins, l’autre passe entre les cuisses, et son extrémité vient rencontrer les deux extrémités de la première lame; elles sont toutes trois réunies par un Cadenas dont le mari seul a le secret. La lame qui passe entre les cuisses est percée de manière à assurer un mari de la sagesse de sa femme, sans gêner les autres fonctions naturelles.»
Faut-il placer parmi les spécimens du genre la Ceinture dont parle Freydier, dans son plaidoyer pour la demoiselle Lajon? Ce n’était pas, en tout cas, un objet d’orfèvrerie comparable à celui que nous avons décrit plus haut. Freydier la définit «un caleçon bordé et maillé de plusieurs fils d’archal réunis par des coutures,» au maintien desquelles veillaient de nombreux cachets de cire d’Espagne. Elle ne devait pas être d’une solidité exemplaire, malgré la serrure qui commandait tout le système; le sieur Berlhe, le tyran de Padoue de la dlle Lajon, avait dû la fabriquer lui-même des débris de quelque vieille cotte de mailles. Elle n’en serait que plus curieuse, si on l’avait conservée au Musée de Nîmes, comme produit d’un art naïf et spontané, ne devant rien à l’imitation des maîtres.
Tout le monde est d’accord, au moins chez nous, pour rejeter en Italie l’invention et l’usage plus ou moins commun de la Ceinture de chasteté. Diderot l’appelle l’engin Florentin; Voltaire croit ou feint de croire qu’à Rome et à Venise l’emploi en est général; Saint-Amand dit aussi que la plupart des Romaines portaient de son temps des caleçons ou brayers de fer:
D’un brayer que Martel en teste
De ses propres mains a forgé
Leurs femmes ont le bas chargé,
De peur qu’il ne fasse la beste.
(Rome ridicule.)