Le recueil Italien n’est pas une traduction, comme l’ont avancé Libri et quelques autres bibliographes, ni même un abrégé du précédent. Des seize petites Nouvelles, expliquant autant de proverbes, qu’il renferme, quatre seulement, la Ire, la VIe, la VIIe et la XVe ont leur équivalent dans le Latin. Les deux plus anciennes éditions que l’on en connaisse: Venise, 1518, per Francesco Bindoni e Maffeo Pasini compagni (signalée par Passano), et Venise, 1523, ne contiennent que quatorze Nouvelles. Nous pouvons décrire avec exactitude la seconde, qui se trouve à la Bibliothèque de l’Arsenal. Elle est intitulée: Proverbii di messer Antonio Cornazano in facecia, et Luciano de Asino aureo, et historiati novamente stampati. Sub pœna excommunicationis latæ sententiæ, come nel breve appare. Stampata nella inclyta Città di Venetia, per Nicolò Zoppino et Vincentio compagno, nel MCCCCCXXIII, a di XXII de Agosto. Regnante lo inclito Principe messer Andrea Gritti. La traduction de l’Ane d’or, de Lucien, est du comte Boiardo, l’auteur de l’Orlando innamorato, et les historiati se composent uniquement de la Novella ducale, de Cornazano, dont le héros est le duc Francesco Sforza, et à laquelle nous avons fait plus haut un emprunt; comme elle ne tient pas à l’œuvre des Proverbii in facetie, nous n’avons pas jugé à propos de la reproduire. Quant au Privilège pontifical, ce n’est qu’une plaisanterie; au revers du titre, on lit bien un Bref menaçant d’amende les contrefacteurs, mais ce Bref se rapporte à un autre ouvrage que les Proverbes, une Historia rerum in Italia ab anno Domini MCCCCVC usque in hodiernum ferme gestarum, publiée par les mêmes libraires, N. Zoppino d’Aristotile et Vincentio, son associé; il n’a été mis là que pour effrayer ceux qui pouvaient ne pas savoir le Latin. Dans toutes les éditions qui suivirent, à partir de 1525 (et on n’en compte pas moins de seize jusqu’à celle de Didot en 1812), on lit en sous-titre: con tre proverbii aggiunti e due Dialoghi, quoiqu’il n’y ait en réalité que deux proverbes ajoutés; ce sont les deux doubles versions d’un même adage: Anzi corna che croce et Tutta è fava; on peut légitimement douter qu’elles soient de Cornazano, d’autant plus que l’une d’elles, la première, se trouve dans le Convito de Gio-Battista Modio, imprimé en 1558.
Passano s’est fondé là-dessus pour estimer que l’ouvrage Latin, De origine Proverbiorum, est seul attribué avec certitude à Cornazano; d’après lui, le recueil Italien des Proverbii in facetie ne serait qu’une compilation placée par un anonyme sous le couvert d’un écrivain renommé. Sebastiano Poli, Modi di dire Toscani (1761, in-8o), à l’adage Adio fave, croit au contraire que Cornazano est l’auteur de l’un comme de l’autre et qu’il avait écrit la version Italienne avant la version Latine, ce dont on trouverait l’indication dans un distique du Prologue à Fr. Simonetta:
Illaque, materno quia sunt sermone, puellæ
Me sæpe in foribus prætereunte legunt...
et il affirme de plus que l’œuvre était en vers blancs (in verso sciolto), imprimés depuis, par l’ignorance des typographes, comme s’ils étaient de la prose. Nous ne déciderons pas du bien fondé de cette seconde allégation, mais, quant à la première, elle est entièrement fausse; le distique en question ne se prête à ce qu’on veut lui faire dire que si on l’isole de celui qui le précède:
Per me habet hic cautæ quæ scribat amator amicæ,
Nec responsa sua negliget ipsa manu,
Illaque, materno quia sunt sermone, puellæ
Me sæpe in foribus prætereunte legunt.
Par moi l’amoureux sait comment écrire à sa fine maîtresse,