D’après cette profession de foi, on juge assez à quels mérites se reconnaissent l’homme digne d’éloges et l’homme méprisable: cela se mesure à l’aune; au-dessous de certaines dimensions, l’homme n’a aucun moyen de plaire. Alfred de Musset donne d’ailleurs là-dessus les mêmes sentiments aux Françaises que le Cheikh aux femmes Arabes:

Je comprends qu’une femme aime les portefaix;

C’est un goût comme un autre, il est dans la nature.

Mais moi, si j’étais femme et si je les aimais,

Je n’irais pas chercher les gens à l’aventure:

J’irais tout simplement les prendre aux cabarets,

J’en ferais lutter six, et puis je choisirais.

La description que le Cheikh fait de la femme digne d’éloges, c’est-à-dire par la même raison, apte à provoquer les désirs, mérite d’être citée; elle nous initie aux grâces qui charment les Orientaux:

«Pour qu’une femme soit goûtée par les hommes, il faut qu’elle ait la taille parfaite, qu’elle soit riche en embonpoint. Ses cheveux seront noirs, son front large, ses sourcils auront la noirceur des Éthiopiens, ses yeux seront grands et d’un noir pur, le blanc en sera limpide; les joues seront d’un ovale parfait; elle aura un nez élégant et la bouche gracieuse: ses lèvres seront vermeilles, ainsi que sa langue; une odeur agréable s’exhalera de son nez et de sa bouche; son cou sera long et sa nuque robuste; son buste large, ainsi que son ventre; ses seins devront être fermes et remplir sa poitrine; son ventre devra être dans de justes proportions, son nombril développé et enfoncé; la partie inférieure du ventre sera large, saillante et riche en chair; ses cuisses seront dures ainsi que ses fesses; elle possédera une chute des reins large et replète; sa taille sera bien prise; ses mains et ses pieds se feront remarquer par leur élégance; ses bras seront potelés, ainsi que ses avant-bras, et encadreront des épaules robustes. Si une femme qui a ces qualités est vue par-devant, on est fasciné; si elle est vue par-derrière, on en meurt. Vue assise, c’est un dôme arrondi; couchée, c’est un lit moelleux; debout, c’est la hampe d’un drapeau.»

Qu’avec cela elle parle peu, ne rie jamais aux éclats, ne fasse d’agaceries à personne, n’aime que son mari, ait pour lui toutes les complaisances, ne s’abandonne qu’à lui, dût-elle en dessécher d’abstinence; qu’elle soit vêtue élégamment, de la plus soigneuse propreté, se parfume d’essences, se serve d’antimoine pour sa toilette et se nettoie les dents avec du souak, et ce sera le Paradis sur la terre. Cette page, malgré la crudité de certains détails, n’est-elle pas poétique et gracieuse? Quelle jolie comparaison que celle de la hampe du drapeau, pour peindre une taille svelte et élancée!