—Je l'accorde, a reparti Fromont.»

Les barons se sont assis autour de la bière.—C'est alors qu'il falloit entendre le jeune Fromondin regretter Bégues, comme un fils regrette sa mère:

«Hélas! combien vous fûtes mal traité, gentil et franc chevalier; vous, le meilleur prince qui ait jamais bu du vin.—Si vous eussiez été armé et vêtu de fer, trente-six adversaires ne vous auroient point fait peur; mais des misérables vous ont surpris et mis à mort.—J'en suis bien affligé, car tout le dommage en retombera sur nous.»

Ils ont mandé Liétris[17], le bon abbé de Saint-Amand en Puele, et neveu au Lorrain Garin.

L'abbé, en compagnie de trente-six chevaliers et de quinze moines sacrés et bénis, entre en la salle où étoit assis le baronnage; et, apercevant Fromont:

«Sire, lui dit-il, vous m'avez mandé....—Mais quel homme git dans cette bière? Est-il malade, blessé ou mort?

—Je ne vous mentirai point, répond Fromont.—Cet homme est le comte Bégues de Belin.—Des varlets l'ont tué dans cette antique forêt, à cause d'un sanglier qui pour notre malheur y fut nourri.»

Ces paroles mettent l'abbé en fureur.

«Diable! Qu'est-ce?....—Fromont, que dis-tu là? C'est mon oncle, le duc Bégues de Belin.... Par les saints de Dieu, vous l'avez tué.... Ah! vous me verrez jeter le froc pour endosser un blanc haubert.—J'appellerai à moi mes puissants amis, Aubri mon frère, l'allemand Ouri, mes cousins Gautier de Hainaut et Hugues de Cambrésis.—Ils ne sont pas loin, et, fils de prostituées, vous n'échapperez pas à notre colère!—Vous périrez tous de male mort!»