Fromont l'entend, et une grande peur le saisit.—Il frissonne de tous ses membres; son sang noircit:

«Grâce, pour l'amour de Dieu, sire abbé!—Au nom du saint Sépulchre, n'agissez point de la sorte.—Vous êtes moine, et moi comte du pays.—Quand on forfait contre vous, c'est moi qui vous défends; je vous fais jouir de vos rentes; et personne sous le ciel n'oseroit vous ravir un sol.... Emportez, sire, emportez le baron qui git dans cette bière à Metz au duc Garin, et dites-lui que j'ai pris tous ceux qui ont massacré son frère, et que je les lui livrerai pour en disposer à son plaisir.»

L'abbé répond: «Vous avez bien dit, et si vous tenez parole, vous pourrez trouver grâce.»

Alors on enferme le baron dans la bière; on le place sur un mulet d'Arabie; et quatre sergents sont autour qui le soutiennent.

Désormais, nous reparlerons des gentils chevaliers de la compagnie du sire de Belin, qui la nuit s'en revinrent droit à Valenciennes chez leur bon hôte Béranger le Gris.—Ils mènent grand deuil et ne peuvent dormir; ils sont bien inquiets sur le sort de leur maître Bégues le palatin; car ils ignorent de quel côté il a tourné ses pas.—Ils pleurent, ils crient, ils poussent de profonds soupirs.

Leur hôte Béranger les voit et en prend pitié.

«Francs chevaliers, leur dit-il, le duc Bégues de Belin est fort prud'homme, libéral, courtois, sage et bien appris.—Il me donna cette pelisse d'hermine et ce mantel de zibeline qui me couvre le cou.—Pour tout l'or que Dieu fit, je ne me dispenserois de le chercher nuit et jour.

—Or tôt, à cheval!» a dit le duc Rigaut.

Et les chevaliers le font sans répit.

A minuit, ils sortent de Valenciennes et ne s'arrêtent point jusqu'à Champbelin, couvent où Dieu étoit servi.—Messire Béranger le Gris, chevauchant en avant, aperçoit un moine sortir de sa cellule.—Il l'appelle; et, lui parlant courtoisement:—«N'auriez-vous pas vu un chevalier de ce côté?»