—Dame, je vous remercie, a dit Rigaut.—Il y a deux nuits, dame, que je n'ai dormi ni mangé, tant j'ai le cœur marri.

—Vous mangerez un peu, dit l'impératrice.»

On apporte au duc un pot rempli de vin, quatre pains et un paon rôti.—Le brave chevalier mangea, se coucha et dormit un moment: Puis, il se leva et partit en recommandant à Dieu la franche impératrice qu'il laissoit triste et dolente en son palais.

Sans perdre un instant, Rigaut va droit à Orléans.—Il n'y trouva pas son oncle Hernaïs, qui en ce moment étoit en Anjou près de Geoffroi l'Angevin; mais son aïeule Héloïse lui fit bel accueil.

«Soyez le bien venu, mon très-cher neveu.—Où est mon frère?—Reviendra-t-il par ici?

—Pardieu non, dit Rigaut, les gens de Fromont l'ont tué.

—Sire Dieu, notre père, s'écrie la dame, ayez pitié de nous!

—Je me leverai matin, continua Rigaut.—Mais cachez la nouvelle, Madame, et dissimulez votre douleur.—Je veux faire un tel carnage de nos ennemis que toute la terre en sera bouleversée.—Dites à mon oncle de ne point me mettre en oubli.—Qu'il vienne sur mes pas avec Geoffroi l'Angevin, et autant de monde qu'ils pourront assembler, et qu'il soit à Gironville mercredi.»

XI.

A ces paroles, il est monté sur son destrier et part sans tarder.—La bonne dame lui avoit donné pour sa compagnie quatorze chevaliers.—Il passe Bourges, Châteauneuf sur le Cher, chevauche à grandes journées, et ne cesse d'éperonner jusqu'à Blaye.—La nuit, il va coucher chez le prévôt Gautier: il fait fortifier la ville de la belle façon, creuser les fossés, redresser les murs.—Ensuite il convoque les vassaux.