—Qui repose en cette bière?—Est-ce un malade, un blessé ou un mort?
—Je vais vous le dire, répond l'abbé: C'est votre frère, le duc Bégues de Belin.—On vous l'a massacré dans la forêt au comte Fromont.»
Plein de rage à ces mots, Garin se précipite sur le cercueil qui renferme son frère.—Il rompt le cuir de cerf bouilli, tranche le velours à l'endroit des yeux, et voit le duc le regard trouble, le visage ténébreux, les bras roides et le corps noirci.—A cet aspect, il demeure attéré et tombe à la renverse.
«Ah! sire Bégues, s'est-il puis écrié, franc et brave chevalier, terrible à vos ennemis, doux et simple avec ceux qui vous aimoient, beau frère, bel ami, que vous fûtes mal traité!—Girbert, beau sire fils, combien tu as perdu!—Infortuné que je suis!.... Terre, ouvre-toi pour m'engloutir!—Malheur, si je vis longtemps!»
Or écoutez ce qu'il dit quand il fut relevé:
«Pourquoi, beau frère, Fromont vous a-t-il tué, lui, qui se disoit notre ami?—La paix avoit été faite devant le roi Pépin, et ils vous ont mis à mort.—Ah! qu'ils ne jouissent point de leur crime.—Par le Dieu qui créa le monde et ne mentit jamais, ils n'auront paix ni trève tant que je ne les aie tous massacrés et tués.»
L'abbé l'entend et en a grand'pitié.
«Hélas! sire duc, grâce pour l'amour de Dieu.—Fromont n'est pas coupable; et, tenez ce bref qu'il m'a remis pour vous.»
Le Lorrain Garin sait bien lire; car on l'a mis à l'école étant tout petit, pour y apprendre et roman et latin.—Il prît la lettre et vérifia l'écrit; puis, se dressant en pieds, il appelle ses gens et leur parle ainsi: