L'aîné des fils, Skarphédin, qui avait épousé une fille du district appelée Thorilde, offrait un type tout à fait à part. Il était fort haut de stature, avec un nez d'aigle, une chevelure brune et bouclée, de très beaux yeux; seulement sa bouche était étrangement déformée par une saillie de la mâchoire supérieure, et son teint était d'une pâleur livide.

Somme toute, après Gunnar, c'était l'homme le plus martial qu'on pût voir. Il avait d'ailleurs le verbe tranchant, la riposte impérieuse de sa mère, et passait pour un skalde de valeur.

Ses trois frères, Grim, Helge et Atle, mariés, eux aussi, ne lui cédaient guère en valeur et en force; mais leur humeur était moins agressive, et l'on retrouvait parfois en eux quelque chose de la douceur et de la réflexion de leur père.

Tout ce monde, y compris les filles, dont aucune n'était encore en puissance d'époux, habitait le bœr de Bergtorsvol.

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Au banquet, Halgierde avait pris place, selon l'usage, sur le banc réservé aux femmes, et l'on n'attendait plus que Thoralle, l'épouse d'Helge. Cette Thoralle était une bonne et charmante personne que Nial aimait particulièrement, une sorte de fée domestique, dont l'activité prévoyante et discrète tenait tout en ordre au logis.

Elle parut enfin, et sa belle-mère Bergtora, la prenant par la main, la conduisit vers Halgierde en disant:

«Recule-toi un peu, je te prie, que ma bru s'assoie près de toi.»

Halgierde obéit, mais d'un air rechigné.

«Un beau voisinage vraiment que celui de cette cendrillon!» dit-elle assez haut pour qu'on l'entendît.