Nul toutefois ne parut faire attention à ce propos malsonnant. Le repas terminé, Bergtora fit le tour de la table avec l'eau destinée aux mains des convives. Lorsqu'elle s'approcha d'Halgierde, celle-ci lui saisit le bras et lui dit:
«Toi et Nial, vous êtes, ma foi, bien appariés... Tu as les doigts pleins de nodosités, et lui, il n'a pas un poil au visage!
—C'est vrai, répondit Bergtora; mais, que veux-tu, nous nous aimons l'un l'autre tels que nous sommes... Thorwald, ton premier mari, était l'homme le plus barbu du pays, ce qui ne l'a pas empêché de passer de vie à trépas, grâce à toi!»
À cette réplique, Halgierde se leva furieuse, et, se tournant vers le banc où siégeait Gunnar:
«À quoi me servirait-il d'avoir pour époux le premier homme de l'Islande, si une telle insulte restait impunie?»
Pour toute réponse Gunnar quitta la table en disant:
«Allons-nous-en! Si tu veux quereller, que ce soit chez nous, et non pas ici, au foyer de l'homme que j'honore le plus! Je n'entends pas être le jouet de tes caprices!»
Le couple se disposa aussitôt à sortir.
Sur le seuil, Halgierde dit à Bergtora:
«Souviens-toi que ce n'est pas fini comme cela entre nous.