— Oui, mon cher, l'Australie pousse l'originalité jusqu'à ne pas avoir de gibier. Pas de perdrix dont le vol bruyant et rapide émeuve chiens et chasseurs; point de cailles partant lourdement sous les pieds, et s'offrant dix fois aux coups du tireur maladroit; point de lièvre trottinant dans la plaine, le matin, quand la rosée met un diamant à chaque brin d'herbe; rien de tout cela.
«Des fauves; où vivraient-ils? Les plaines immenses, sauvages et désolées qui devraient leur servir de repaires se dessèchent après la saison des pluies; l'herbe brûlée et rabougrie n'offre plus aux animaux aucune nourriture. Les herbivores meurent de faim et de soif, les carnivores n'auraient pas leur raison d'être.
— Mais, on chasse le kanguroo, l'émeu?
— Oui, quoique leur nombre ait bien diminué, les riches colons anglais les chassent à courre, avec meutes et piqueurs; ils retrouvent dans cette poursuite quelques-unes des émotions des grandes chasses d'Europe; mais le seul gibier que tout le monde chasse, c'est l'opossum.
«Pour nous; c'est un passe-temps agréable; pour le bushman, c'est une industrie, il vend la peau de l'animal, souvent fort cher: un petit tapis fait avec la dépouille d'un opossum de Tasmanie vaut de deux cents à deux cent cinquante francs. Les settlers, eux, le détruisent pour protéger leurs vergers et leurs potagers, car ce rongeur y fait des ravages considérables; il est très friand des fruits et des légumes. Les indigènes le chassent par nécessité: sa chair, est un régal pour ces faméliques.
— Et, malgré cette guerre, on en trouve encore?
— Oui, mon ami, ils sont très nombreux, se reproduisent en quantités et s'éloignent peu des régions habitées.
— Mais quel genre d'animal est-ce? quelle est sa couleur?
— Il y en a de plusieurs espèces, qui diffèrent entre elles par la taille, et surtout par le pelage: en Tasmanie, ils sont bruns; dans le Queensland, grisâtres; ici, ils ont une teinte fauve avec le dessous du ventre gris clair.
Cependant, la, nuit était venue; le disque brillant de la lune s'élevait à l'horizon, et le bois ou nous étions campés était plongé dans un délicieux silence.