Les jardins d'Apollon furent dévalisés. C'était à qui apporterait les plus belles fleurs ou en plus grand nombre[ [66], et Montausier vit venir à lui, tous animés du même zèle, Arnauld d'Andilly père et fils, Arnauld de Corbeville, Arnauld de Briotte, marquis de Pomponne; Chapelain, Colletet, Corneille, Desmarests de Saint-Sorlin, Godeau, Gombaud, Habert de Montmor; Habert, abbé de Cérisy; Habert, commissaire d'artillerie; Malleville, Martin de Pinchesne, Scudéry, Tallemant des Réaux, et jusqu'au vieux marquis de Rambouillet qui voulut, comme les autres, attacher son petit madrigal à la Guirlande de sa fille Julie.
Voiture seul manquait à l'appel: poëte trop grand seigneur, et amoureux pour son propre compte, il ne voulait pas être comparé. Il est vrai, à ce que dit Tallemant, «que les chiens de M. de Montausier et les siens n'ont jamais trop chassé ensemble[ [67]»; mais il est juste aussi d'ajouter que le grand épistolier voyageait alors en Espagne[ [68], et qu'il prit fièrement sa revanche plus tard par ses lettres et poésies à l'adresse de Mlle de Rambouillet et sa riche métamorphose de Julie en Diamant[ [69].
M. de Montausier composa seize madrigaux pour sa chère cruelle: l'amant, comme on le voit, avait fait au poëte la part du lion; mais la muse Erato n'inspira pas toujours le poëte comme elle l'aurait dû, et, bien qu'il ait lutté sans trop de désavantage avec ses illustres émules, nous ne pouvons disconvenir que quelques-unes de ses fleurs manquent de coloris et paraissent maussades. L'Alceste de l'hôtel de Rambouillet ne fut pas toujours exempt de cet esprit alambiqué qui fit jaillir la pure critique de l'Alceste de Molière, et, de l'avis de Charles Nodier, l'Oronte de la comédie aurait trouvé place dans la Guirlande[ [70].
Claude de Malleville vient après Montausier par le nombre de madrigaux. L'heureux poëte de la Belle Matineuse, qui remporta le prix sur tous ses concurrents pour ce célèbre sonnet proposé au mérite[ [71], travailla sur treize fleurs de la Guirlande, dont neuf furent insérées dans le manuscrit original[ [72]; ses vers, galamment tournés, remplis de délicatesse et de douceur, sont dignes assurément de ses autres poésies.
Georges de Scudéry vient ensuite avec un bouquet de douze fleurs brillantes et diaprées, parmi lesquelles cinq seulement furent prises et conservées par Montausier. Ces pièces, du fécond auteur d'Alaric, sont empreintes d'une légère affectation, mais le sentiment qui les a dictées est sincère[ [73], et l'on reconnaît vite d'ailleurs, sous l'aimable tournure de ses madrigaux, le faire original du Poëte guerrier. Scudéry rima souvent pour la marquise de Rambouillet et la charmante Julie. Nous trouvons dans ses poésies, outre de longues stances à Arthenice[ [74], le sixain suivant sur le portrait de Mme de Montausier, peinte sur marbre en habillement de Pallas, par Stella[ [75]:
Cette taille, ce port et cette majesté,
Mieux que l'habillement, montrent la vérité
De ce que le pinceau nous a voulu dépeindre.
L'art icy n'a point voulu feindre,
Et sans doute, ayant tant d'appas,