Ou c'est IVLIE ou c'est PALLAS.

Après Scudéry, Pierre Corneille apparaît, modestement dissimulé derrière l'initiale C, et porteur de six fleurs qu'on attribua faussement à Conrart[ [76]. Habitué de l'hôtel de Rambouillet, où de sa voix lente et monotone il donnait la première lecture de ses tragédies[ [77], et digne admirateur des vertus de Julie, l'auteur du Cid ne pouvait rester inactif dans ce tournoi galant: il abaissa donc mignardement son vers ample et sonore au ton madrigalesque, son style fier et élevé devint doucereux et fleuri, bref le grand tragique daigna changer sa manière et laissa gracieusement coqueter sa plume pour le chef-d'œuvre de Montausier.

Guillaume Colletet[ [78], au contraire, poëte bon vivant et madrigalier par tempérament, semble mal à l'aise et un peu guindé dans les quatre pièces qu'il écrivit pour la Guirlande. Sa muse, comme celle de Villon, s'abandonnait au débraillé, aux chansons à boire et aux sonnets grivois, et l'époux de Claudine, qui prenait d'habitude ses divinités en bas lieu, dut se trouver cérémonieusement intimidé lorsqu'il eut à chanter la chaste beauté de Julie.

Philippe Habert, le commissaire de l'artillerie et l'auteur du Temple de la mort[ [79], attacha trois fleurs à la couronne poétique offerte à Julie: le Narcisse et deux Soucis. Ses madrigaux sont d'une finesse et d'une élégance remarquable, le troisième surtout, le plus connu après celui de Desmarests, est poussé dans le dernier galant:

Ne pouvant vous donner ni SCEPTRE, ni COURONNE,

Ni ce qui peut flatter les cœurs ambitieux,

Recevez ce SOUCY, qu'aujourd'huy je vous donne

Pour ceux que tous les jours me donnent vos beaux yeux.

Ce joli quatrain n'est-il pas d'un tour spirituel et d'une grâce parfaite!

Simon Arnauld, marquis de Pomponne[ [80], choisit avec délicatesse le Muguet, la Fleur de grenade et la Perce-Neige. Il traita avec goût ces trois sujets, qu'il signa du nom de De Briotte, sorte de pseudonyme dont le futur grand ministre ornait volontiers les productions poétiques de sa jeunesse.