Son habit est simple et modeste,

Et son visage sans couleur,

Dans le repentir qui lui reste,

En fait un voile à sa douleur.

Sans avoir l'attrait ni la forme succincte du madrigal de Desmarests, l'œuvre du père Le Moyne est assez gracieuse pour figurer à sa suite.

Habert, l'abbé de Cérisy[ [83], celui-là même qui sut traiter avec un goût achevé un poëme d'environ 700 vers sur la métamorphose des yeux de Philis en Astres, pouvait d'autant plus aisément se faire l'interprète de la Rose et du Narcisse en faveur de Julie.—Il prêta à ces deux fleurs un langage de piquante courtoisie, qui, dans son exquise politesse, laisse percevoir le genre d'esprit de cet excellent écrivain.

La majesté des Lys tenta par deux fois Martin, sieur de Pinchesne[ [84], qui fit deux madrigaux sur ces fleurs royales.—Ce poëte ne fut pas divinement inspiré en cette occurrence, mais on ne saurait le juger sur cette œuvre de civilité: les Muses ne répondent pas toutes les fois qu'on les appelle, et le neveu de Voiture déploya assez de talent par la suite pour qu'on puisse le considérer comme le plus injustement négligé parmi les oubliés du XVIIe siècle.—De Pinchesne fut un des chantres les plus fidèles des beautés de Julie, et après la mort de Madame de Montausier il gravait encore sur son tombeau le sonnet suivant:

Tout ce qui peut rester d'une brillante vie,

Quand la mort en a mis la dépouille au tombeau,

Reste encore de Julie en un estat si beau