--Je viens, s'écria-t-elle, pour couronner la fidélité de la princesse Moufette; elle a mieux aimé exposer sa vie que de changer; cet exemple est rare dans le siècle où nous sommes; mais il le sera bien davantage dans les siècles à venir.

Elle prit aussitôt deux couronnes de myrte qu'elle mit sur la tête des deux amants qui s'aimaient; et frappant trois coups de sa baguette, l'on vit que tous les os du dragon s'élevèrent pour former un arc de triomphe en mémoire de la grande aventure qui venait de se passer.

Ensuite cette belle et nombreuse troupe s'achemina vers la ville, chantant hymen et hyménée avec autant de gaieté qu'ils avaient célébré tristement le sacrifice de la princesse. Ses noces ne furent différées que jusqu'au lendemain; il est aisé de juger de la joie qui les accompagna.

LES TROIS SOUHAITS.

Il y avait une fois un homme qui n'était pas fort riche; il se maria, et épousa une jolie femme. Un soir, en hiver, qu'ils étaient auprès de leur feu, ils s'entretenaient du bonheur de leurs voisins, qui étaient plus riches qu'eux.

--Oh! si j'étais la maîtresse d'avoir tout ce que je souhaiterais, dit la femme, je serais bientôt plus heureuse que tous ces gens-là.

--Et moi aussi, dit le mari, je voudrais être au temps des fées, et qu'il s'en trouvât une assez bonne pour m'accorder tout ce que je désirerais; mais malheureusement ces temps-là sont passés, et nous resterons pauvres toute notre vie.

Au même instant ils virent dans leur chambre une très-belle dame, qui leur dit:

--Je suis une fée, je vous promets de vous accorder les trois premières choses que vous souhaiterez; mais, prenez-y garde, après avoir souhaité ces trois choses, je ne vous accorderai plus rien.