Dieu bon! Dieu créateur, qu'on bénit en tout lieu,

J'ai péché contre vous… Pardonnez-moi, grand Dieu!

—Je ne puis me résoudre à mettre la face en terre, répondit le Diable; c'est trop humiliant.—Monstre! s'écria le prêtre indigné, si ton orgueil te défend de t'abaisser devant ton maître, retire-toi donc… Et le Diable s'en alla[288]

[288] Cæsarii Heisterb. Miracul., lib. III, de confess., cap. 26.

Mais le dénoûment de cette belle histoire s'accorde trop mal avec la bonne intention du Diable, pour qu'on puisse y ajouter la moindre foi. Il y a d'ailleurs une foule de traits qui prouvent dans les démons plus d'humilité; et voici une anecdote où l'ange déchu se montre moins endurci; elle est du même auteur que la précédente.

Cæsarius d'Heisterbach lui-même se vante d'avoir assisté aux exorcismes d'une possédée, lesquels exorcismes furent assez remarquables par la circonstance suivante. Après qu'on eut interrogé le Diable sur divers sujets hétéroclites, on lui demanda s'il ne regrettait point son ancien état de gloire; et le Diable répondit:—«Qu'on élève, de la terre au ciel, une colonne de fer et de feu, armée de rasoirs et de lames tranchantes; qu'on me donne un corps de chair; qu'on me tire ensuite du haut en bas de cette colonne… je consens à endurer ce supplice jusqu'au jour du jugement dernier, pour regagner le ciel que j'ai perdu[289]…»

[289] Ejusdem, Cæsarii Heisterbach. illustrium miracul., lib. V, cap. 10.

A coup sûr, ce n'est pas là le langage d'un être qui refuse de se prosterner trois fois devant Dieu pour sortir de l'enfer…

VARIÉTÉS,
OU
MOSAÏQUE INFERNALE.

—Plusieurs écrivains accordent à l'enfer quelques agrémens, entre autres celui d'avoir de bons voisinages; et c'est assurément quelque chose. On sait que les Juifs regardent les méchans voisins comme un mal très-fâcheux, et qu'ils le mettent au rang des malédictions qu'ils donnent à leurs ennemis. Or il est impossible d'avoir un voisinage plus paisible et plus doux que celui des enfers. Ces pays pacifiques sont les limbes, habités par les enfans morts sans baptême, et le purgatoire, où les justes se purifient de leurs fautes vénielles.