—Saint Bernard, abbé de Clairvaux, s'était un jour enfermé dans sa cellule, pour graisser ses souliers. Le Diable, témoin de cette humilité, prit sur-le-champ la figure d'un voyageur, et entra dans la cellule de Bernard, en demandant à parler à l'abbé.—C'est moi, dit Bernard, en levant les yeux sur le voyageur.—Pouah! quel abbé! s'écria le Diable… Ne vaudrait-il pas mieux recevoir les étrangers, que graisser vos chausses?… Ces paroles d'orgueil décelaient le Diable. Bernard se remit donc humblement à la besogne, et le malin s'en alla[307].

[307] Cæsarii Heisterbach. illust. miracul., liv. IV. ch. 7.

—Le célèbre musicien Handel, se trouvant en 1700 à Venise, dans le temps du carnaval, joua de la harpe dans une mascarade. Il n'avait alors que seize ans; mais ses talens dans la musique étaient déjà très-connus. Dominique Scarlati, le plus habile musicien d'alors sur cet instrument, l'entendit et s'écria: Il n'y a que le saxon Handel, ou le Diable, qui puisse jouer ainsi!

—Les Européens représentent ordinairement le Diable, avec un teint noir et brûlé. Les nègres soutiennent, au contraire, que le Diable a la peau blanche. Un officier français se trouvant, au dix-septième siècle, dans le royaume d'Ardra, en Afrique, alla faire une visite au chef des prêtres du pays. Il aperçut, dans la chambre du pontife, une grande poupée blanche, et demanda ce qu'elle représentait? On lui répondit que c'était le Diable.—«Vous vous trompez, dit bonnement le Français; le Diable est noir.—C'est vous qui êtes dans l'erreur, répliqua le vieux prêtre; vous ne pouvez pas savoir aussi-bien que moi quelle est la couleur du Diable. Je le vois tous les jours, et je vous assure qu'il est blanc comme vous[308]

[308] Anecdotes africaines,—de la côte des esclaves, page 37.

—C'est sans doute ici le lieu de rapporter le portrait du Diable, attribué à Piron, quoique ce morceau soit généralement connu. Le Diable n'y est pas flatté:

«Il a la peau d'un rot qui brûle,

»Le front cornu,

»Le nez fait comme une virgule,

»Le pied crochu,