»Le fuseau, dont filait Hercule[309],
»Noir et tortu,
»Et pour comble de ridicule,
»La Queue au cu.»
[309] La plupart des théologiens de l'antiquité disent qu'Hercule, auprès d'Omphale, s'amusait à filer du lin. Mais il y en a qui prétendent qu'il filait autre chose.
—Un soir que saint Augustin était plongé dans ses méditations, il vit passer devant lui un démon qui portait un grand livre sur ses épaules. Il l'arrêta, et lui demanda à voir ce que contenait son livre.—C'est le registre de tous les péchés des hommes, répondit le démon; je les ramasse où je les trouve, et je les écris à leur place, pour savoir plus aisément ce que chacun me doit.—Montre-moi, dit l'évêque d'Hippone, quels péchés j'ai faits depuis ma conversion?…
Le démon ouvrit son livre, et chercha l'article de saint Augustin, où il ne se trouva que cette petite note: Il a oublié de dire les Complies. Le saint évêque ordonna au Diable de l'attendre un moment; il se rendit aussitôt à l'église, récita les Complies, avec d'autres prières, et revint trouver le démon, à qui il demanda de lire une seconde fois sa note. Elle se trouva effacée.—Ah! vous m'avez trompé, s'écria le Diable; et voilà le prix de mes complaisances!… Mais on ne m'y reprendra plus… En disant ces mots, il s'en alla, comme on s'en va quand on n'est pas content[310].
[310] Legenda aurea Jac. de Voragine, aucta à Claudio à Rotâ. Leg. 119.
—Un jour que saint Martin (évêque de Tours, comme chacun sait) disait la messe en grande pompe, le Diable entra dans l'église et avisa aux moyens de le distraire. Il s'était placé parmi les enfans de chœur, qui ne le voyaient point; mais il savait bien que Martin le découvrirait dès qu'il jetterait les yeux de son côté, et qu'il faudrait alors déguerpir. C'est pourquoi il se tint bien sur ses gardes; et lorsque le saint évêque se tourna vers le peuple, pour dire le Dominus vobiscum, le Diable se heurta le front contre un pilier, regarda Martin, et fit une grimace si singulière, que le saint ne put s'empêcher de rire; et il perdit ainsi le mérite du sacrifice de la messe.—C'était tout ce que voulait l'esprit malin; il disparut, aussitôt après cette escapade, sans attendre que l'évêque prît la peine de le chasser[311].
[311] Cette aventure était représentée dans une église de Brest. Grosnet trouva le trait si joli, qu'il le mit en vers, mais dans un autre sens.—Le Diable était, selon cet ancien poëte, dans un coin de l'église, écrivant, sur un parchemin, les caquets des femmes, et les propos inconvenans qu'on tenait à ses oreilles, pendant les saints offices. Or, quand sa feuille fut remplie, comme il avait encore bien des notes à prendre, il mit le parchemin entre ses dents, et le tira de toutes ses forces, pour l'allonger. Mais la feuille se déchira, et la tête du Diable alla frapper contre un pilier, qui se trouvait derrière lui. Saint Martin, qui se retournait alors pour le Dominus vobiscum, se mit à rire de la grimace du Diable, et perdit le mérite de sa messe; ce qui ne lui serait point advenu, s'il eût eu les yeux baissés, comme dit Philippe d'Alcrippe.