[48] Ce dernier trait prouve assez qu'on se trompe historiquement, quand on représente Ste Marguerite montée sur un dragon.
—Du temps de Philippe-le-Bel, un frère convers, s'étant mis en campagne de grand matin, aperçut le Diable qui venait à lui en courant, sous la figure d'un arbre couvert de gelée. Il fit le signe de la croix, et le Diable disparut, non sans laisser après lui une odeur de soufre et de fumée puante. Le frère continua sa route; mais il était dit qu'il ne la ferait pas sans peine; car, pendant tout son voyage, qui dura une journée, le diable se remontra à lui sous la figure d'un cheval échappé; puis sous les traits d'un soldat maigre et noir; ensuite sous la forme d'un petit moine tout rond; un peu après sous celle d'un pourceau; puis sous celle d'un âne; et, après avoir causé plusieurs frayeurs à son homme, l'esprit malin se changea en tonneau, passa sur le ventre du frère, s'enfuit en riant aux éclats[49], et ne reparut plus[50].
[49] Un tonneau qui rit aux éclats doit être une chose bien étonnante!
[50] Gaguin, règne de Philippe-le-Bel. M. Garinet, Histoire de la magie en France. Monstrelet, Shellen, etc.
—Un autre frère convers, dans le douzième siècle, vit le Diable sous les traits d'un cochon; et, un instant après, il l'aperçut encore sous la figure du prieur de son couvent[51].
[51] Cæsarii miracul. lib. V, cap. 48.
—Une jeune femme de la ville de Laon vit le diable sous la forme de son grand-père, puis sous celles d'une bête velue, d'un chat, d'un escarbot, d'une guêpe et d'une jeune fille[52].
[52] Cornelii gemmæ, cosmocriticæ, lib. II, cap. 2.
—Saint Benoît vit le Diable sous la figure d'un merle noir, qui s'envola au signe de la croix[53]. Le démon qui accompagnait Agrippa, se montrait sous l'apparence d'un chien noir[54]. Le pape Sylvestre II et l'enchanteur Faustus avaient pareillement des barbets, qui n'étaient que des démons[55]. Le Diable qui gardait la porte de Simon le magicien, ressemblait à un dogue danois[56].
[53] Legenda aurea. Jac. de Voragine. Leg. 48.