—Le bienheureux Pierre le prêcheur, ayant rassemblé le peuple de Florence sur une place publique, se disposait à faire un long sermon touchant les mystères que la foi nous propose. Le diable, témoin invisible de ces saints préparatifs, eut la fantaisie de jouer un tour au saint homme. Il prit donc la forme d'un cheval échappé, et se mit à courir au grand galop vers la place que la foule remplissait, dans l'espoir de disperser les auditeurs, et de déranger, par un effroi subit, la mémoire du frère prêcheur. Mais Pierre ne se troubla point; et, voyant que la foule prenait la fuite, il s'écria: Ne craignez rien, mes frères, je prends sur moi le danger… En même temps il éleva sa main, et fit signe au cheval qu'il l'avait reconnu, et qu'il lui défendait de nuire à personne.

Le diable eut un pied de nez de se sentir découvert; cependant il avait pris un élan trop rapide pour pouvoir reculer. Il traversa donc la place, en passant sur la tête des hommes, sur le sein des femmes, en foulant aux pieds les épaules, les reins et le reste, mais avec une légèreté si miraculeuse, que personne n'en sentit rien. Après cela il disparut. Le peuple s'écria que Pierre avait donné à ce cheval la légèreté d'un coussin, qu'il avait changé ses fers en plumes de duvet; et le bienheureux frère, content d'avoir déjoué la malice du diable, reprit le fil de son sermon[80].

[80] Bollandi Acta Sanctorum, 29 aprilis. Ambr. Tægii B. Petrus mart. ord. prædic. cap. 3.

—Il y avait, dans une église de Bonn, un prêtre remarquable par sa chasteté, sa dévotion et sa bonhomie. Le diable se plaisait à lui jouer des tours de laquais; tellement que, lorsqu'il lisait son bréviaire, cet esprit malin s'approchait aujourd'hui sans se laisser voir, mettait sa griffe sur la leçon du bon curé, et l'empêchait de finir; un autre jour, il fermait le livre, ou tournait le feuillet à contre-temps. Si c'était la nuit, il soufflait la chandelle. Le diable espérait se donner le plaisir d'impatienter son homme; mais le bon prêtre recevait tout cela comme des tribulations, et gardait si bien son flegme, que l'importun esprit fut obligé de chercher une autre dupe[81].

[81] Cæsarii Heisterbach. illustr. miracul. lib. V, cap. 53.

Cassien parle de plusieurs esprits ou démons de la même trempe, qui se plaisaient à tromper les passans, à les détourner de leur chemin, et à leur indiquer de fausses routes, plutôt pour s'en divertir, que pour leur faire aucun mal[82].

[82] Cassiani Collat. VII, cap. 32.

—Un baladin avait un démon familier, qui jouait avec lui, et se plaisait à lui faire des espiègleries. Le matin il le réveillait en tirant les couvertures, quelque froid qu'il fît; et, quand le baladin dormait trop profondément, son démon l'emportait hors du lit, et le déposait bien doucement au milieu de la chambre[83].

[83] Guillelmi parisiensis. Partis 2. Princip., cap. 8.

—Pline parle de quelques jeunes gens qui furent tondus par le Diable. Pendant que ces jeunes gens dormaient, des esprits familiers, vêtus de blanc, entraient dans leurs chambres, se posaient sur leur lit, leur coupaient les cheveux bien proprement, et s'en allaient, après les avoir répandus sur le plancher[84]. Ce trait ne paraît d'abord qu'une malice; peut-être est-il moral. Pour peu que l'on connaisse les mœurs dépravées de ces fameux Romains, on se souviendra que chez eux, certains Adonis attachaient beaucoup de prix à leur chevelure, comme les Thaïs[85], les Ninons, les Duthé en attachent à leur teint.