—En vertu du pouvoir qu'il a d'exciter les orages, le Diable fait tonner de temps en temps, et n'y va pas de main morte.

L'an 1565, le vingt-quatrième jour de juillet, la ville de Louvain fut épouvantée par un orage si horrible, que le plus brave n'aurait pas la force d'en soutenir le tableau sans se pâmer. La tempête commença au coucher du soleil, et alla son train jusqu'au milieu de la nuit. D'abord il s'éleva du sud-est une nuée affreuse, bigarrée de plusieurs couleurs, sur un fond noir, et précédée d'un vent violent. L'éclair sillonna le terrible nuage. On eût dit qu'il y avait à l'horison une fournaise ardente, qui lançait des flammes dans l'espace. Quand la nuée fut au-dessus de la ville, grand Dieu! quelles frayeurs!… et quels bruits!… Le tonnerre roulait sans relâche, avec un fracas toujours croissant; le ciel était tout en feu; la terre paraissait embrasée. Alors il tomba une grêle violente, dont les grains étaient aussi gros que des œufs de canne.

Toutes ces horreurs n'étaient qu'un avant-propos. On entendit bientôt dans les airs de longs hurlemens, d'une espèce inconnue. Tous les auditeurs frissonnèrent et sentirent leurs cheveux se hérisser. Les hurlemens redoublèrent, entremêlés de cris prolongés, semblables aux cris des chats et des chattes lorsqu'ils sont en chaleur. On distinguait aussi un son musical qui venait d'en haut, et qui imitait le bruit que l'on fait en frappant sur un chaudron, ou plutôt le son des cloches que les bonnes gens mettent en branle pour conjurer le tonnerre. Quand le calme revint, on raisonna sur ces prodiges; et les experts découvrirent qu'un pareil orage était l'ouvrage des démons; et que les suppôts de Belzébuth l'avaient excité, en manière de feu d'artifice, pour couronner une fête, ou une noce, ou quelque bacchanale que nous ne connaissons pas, et qu'ils célébraient en famille[104].

[104] Cornelii gemmæ, de naturæ divinis characterismis., lib. II, cap. 2, pag. 25.

Il y eut, en 1546, un orage aussi effroyable dans la ville de Malines; et, ce qu'il y a de pis dans celui-ci, c'est que le Diable y tua environ cinq cents hommes, sans compter les animaux qu'il étouffa, les bâtimens qu'il renversa, les arbres qu'il arracha, les plantes qu'il déracina, etc.[105] Le Diable fit encore plus méchamment en 1619; car il lança le tonnerre sur la cathédrale de Quimper-Corentin, et brûla le clocher pendant qu'on sonnait les cloches…[106]

[105] Ejusdem, ibid., pag. 102.

[106] Voyez la Relation qui charge Satan de cet incendie. M. Garinet raconte, dans son histoire de la Magie en France, que l'évêque arrêta le feu, en brûlant des Agnus Dei, un pain de seigle de quatre sous, et une hostie consacrée, le tout trempé d'eau bénite et de lait de femme de bonne vie.

—Les choses n'ont pas toujours été comme aujourd'hui; et nos ancêtres avaient des visions que nous n'avons plus. On rencontrait autrefois, dans les mines et dans les cavernes un peu obscures, certaines espèces de démons vêtus comme les mineurs, et dont on raconte beaucoup de malices. On les voyait courir çà et là, chercher les métaux, piocher la terre, remuer les grues, et se donner bien du mouvement pour animer les ouvriers; car ils ne faisaient pas grand'chose, tout en paraissant âpres à la besogne. Ces démons, que quelques écrivains appellent montagnards, n'étaient point malfaisans, et entendaient la plaisanterie. Mais une insulte leur était sensible, et ils la souffraient rarement sans se venger. Un mineur eut l'extravagante audace de dire plusieurs injures à un de ces démons, et parmi ces injures, il l'appela plusieurs fois gibier de potence. Le démon indigné sauta sur le mineur, et lui tordit le cou. Cependant, comme il n'avait pas intention de le tuer, ni de lui causer de grandes douleurs, il s'y prit si adroitement, que le mineur ne mourut ni ne souffrit point; mais il eut le cou renversé, et le visage tourné vers les fesses pendant le reste de sa vie. Il y a eu des gens qui l'ont vu en cet état tout-à-fait remarquable[107].

[107] Taillepied, apparit. des esprits, page 136.

—On dit que le Diable apparaissait fréquemment à saint Hyppolite, sous la figure d'une femme nue; que cette femme infernale se jetait sur lui corps à corps; et que plus il la repoussait, plus elle le pressait impudemment sur son sein. Hyppolite, las d'une longue résistance contre l'esprit impur, lui passa son étole au cou et l'étrangla. Le Diable s'évanouit aussitôt; et Hyppolite ne trouva dans ses bras qu'un cadavre bien puant. On crut reconnaître le corps d'une femme morte, dont le Diable avait pris la forme pour séduire Hyppolite[108]. Malheureusement tout ce conte n'est qu'un on dit, renouvelé plusieurs fois pour décrier le Diable[109]. Nous n'ajouterons que deux mots pour prouver combien ces sortes d'anecdotes sont fausses: il n'y a de corruptible que ce qui a des parties séparées l'une de l'autre; ce qui est spirituel est indivisible; il est donc incorruptible: or les esprits sont spirituels; et les démons ne peuvent ni puer ni se pourir[110].