[108] Legenda aurea, Jac. de Voragine. Leg. 113.
[109] Guillaume de Paris raconte qu'un soldat, croyant embrasser une belle fille, se trouva couché avec une puante carcasse; ce qui était visiblement un trait du diable, si l'on en croit le judicieux Théologien.—En 1613, un gentilhomme parisien trouva sous sa porte une belle demoiselle, qui cherchait un abri contre la pluie. Il la fit entrer dans son appartement, et coucha avec elle. Le lendemain, il trouva dans le lit le corps d'une pendue, depuis long-temps défunte. On reconnut que c'était un diable, qui s'était revêtu de ce corps, pour décevoir ce pauvre gentilhomme, etc. (Rapporté par Madame Gabrielle de P***, histoire des fantômes et des démons, etc.)
[110] Ce petit trait de logique est tiré du catéchisme de Montpellier, tome Ier, avec cette différence qu'on applique ici au démon ce que le théologien applique à l'âme. Mais l'âme et le démon sont deux essences spirituelles. Il y a même eu des savans qui les ont confondues, dans ce système que les bons démons étaient les âmes des braves gens défunts, et les mauvais démons les âmes des méchans trépassés, etc.
—La jeune Ida de Louvain, s'étant décidée à mener une vie religieuse, fut extrêmement tourmentée par un démon un peu plus que malin. On ne conçoit vraiment pas sa conduite peu délicate envers une jeune fille innocente et belle. Tantôt il troublait son sommeil par des bruits confus et incompréhensibles; tantôt il l'effrayait, pendant ses prières, en offrant à ses yeux des spectres, des fantômes et toutes sortes de figures hideuses. Un autre jour, il frappait invisiblement sur les parois de la chambre où couchait Ida, avec tant de force, que toute la maison en était ébranlée.
Mais le trait qu'on va lire est le tour le plus pendable qu'il se soit avisé de lui jouer. Un soir, que la jeune Ida faisait ses oraisons dans le recueillement et le silence, le Diable entra par la fenêtre, portant sur ses épaules un cercueil d'une longueur démesurée. Il posa la bière au milieu de la chambre, l'ouvrit sans mot dire. Ida y aperçut un grand corps mort. Pendant qu'elle le considérait avec frayeur, le Diable prit le mort entre ses bras, le dressa sur ses pieds, l'anima, en se fourrant dans le corps avec son adresse ordinaire; et le mort se mit à marcher vers la jeune fille… Il lui prit les mains, les serra dans un morne silence… Ida, au comble de l'effroi, implora le secours du ciel, et prononça une prière qui fit évanouir le Diable. Elle en fut quitte pour la peur, et pour sa discipline que le Diable avait emportée. On pense bien qu'elle passa le reste de la nuit à prier. Le lendemain, elle acheta une autre poignée de verges, communia, et fut moins tourmentée[111].
[111] Bollandi acta sanctorum. 13 aprilis. Ida Lovanensis, ex Mss. Hugonis confess.
—Le bienheureux Gilles, de l'ordre des frères prêcheurs, s'étant éveillé au milieu de la nuit, sortit de sa cellule et entra dans une église pour y faire ses oraisons. Pendant qu'il était en prières, le Diable, ayant pris une voix de femme, appela Gilles avec tendresse. Le frère éprouva aussitôt une tentation si violente, qu'il n'en avait jamais connue de pareille. Mais il revint bientôt à lui-même, se fouetta durement pour réprimer les aiguillons de la chair, et reprit un sang plus calme. Un instant après, le Diable s'approcha du frère, et lui grimpa sur le dos. Comme il ne pouvait le secouer à terre, attendu qu'il s'était bien cramponné à son cou, Gilles se traîna comme il put au bénitier, aspergea le Diable par-dessus l'épaule et le fit fuir. Mais le démon eut l'opiniâtreté de revenir encore, sous une forme horrible, épouvanter le frère prêcheur. Gilles prononça ces paroles: Pater noster; le Diable s'évanouit; et saint François observa à Gilles que ces deux seules paroles chassaient le démon[112].
[112] Bollandi acta sanct. 23 aprilis.
—Alexandre ab Alexandro, qui vivait dans le quinzième siècle, fit un jour la partie d'aller coucher avec quelques amis dans une maison de Rome, que des spectres et des démons hantaient depuis long-temps. Au milieu de la nuit, comme ils étaient rassemblés dans la même chambre, avec plusieurs lumières, ils virent paraître un grand spectre, qui les épouvanta par sa voix terrible et par le bruit qu'il faisait en sautant sur les meubles, et en cassant les vases de nuit. Un des plus intrépides de la compagnie s'avança plusieurs fois, avec de la lumière, au-devant du fantôme; mais à mesure qu'il s'en approchait, le spectre s'éloignait; et il disparut entièrement, après avoir tout dérangé dans la maison.
Quelque temps après, le même spectre rentra par les fentes de la porte. Ceux qui le virent se mirent à crier de toutes leurs forces. Alexandre, qui venait de se jetter sur un lit, ne le vit point d'abord, parce que le fantôme s'était glissé sous la couchette; mais bientôt il aperçut un grand bras noir qui s'allongea sur la table, éteignit les lumières, renversa tout ce qui s'y trouvait, ouvrit la porte, et s'enfuit sans avoir fait le moindre mal à personne[113].