[126] Deriso, explosoque Dæmone… Moqué et mis hors de cour.
[127] Joan. Brugmanni Fransciscani, vita Lydwinæ Virg. et Matthæi Tympii, præmia virtutum, pag. 290.
—Une nuit que saint Loup était en prières, il éprouva subitement une soif non accoutumée. C'était probablement dans un temps de jeûne, puisqu'il reconnut que cette soif était une tentation du Diable, et qu'il prit la secrète résolution d'attraper le tentateur. Il se fit apporter un plein vase d'eau froide; le Diable s'y jeta aussitôt, pour entrer dans le corps du saint; mais Loup, saisissant son oreiller, en couvrit le vase, et y tint le Diable enfermé jusqu'au matin, sans se laisser attendrir par ses cris plaintifs. Le jour venu, il le lâcha; et le Diable, pour se consoler de sa triste aventure, alla semer la discorde et l'impudicité dans le cœur de quelques jeunes clercs. Loup parut au milieu d'eux, au moment où ils se querellaient de bonne sorte, tout en se disposant à pécher avec des femmes de mauvaise vie[128]. Il les tira du précipice, et obligea le démon à retourner directement avec ses pareils[129].
[128] Audit clericos suos rixantes, eo quod cum mulieribus fornicari vellent…
[129] Legenda aurea Jacobi de Voragine, leg. 123.
—Un habile exorciste avait enfermé plusieurs démons dans un pot à beurre. Après sa mort, comme les démons faisaient du bruit dans leur pot, les héritiers le cassèrent, persuadés qu'ils allaient y prendre quelque trésor. Mais ils n'y trouvèrent que le Diable assez mal logé; il s'envola avec ses compagnons, et laissa le pot vide[130].
[130] Legenda aurea, Jac. de Voragine, leg. 88.
—Le saint homme Caradoc s'étant retiré dans une petite île du nord, pour y mener la vie solitaire, le Diable vint lui offrir ses services sous une forme humaine.—Que me demandes-tu, dit Caradoc? tu n'as rien à faire ici.—Je ne viens point avec des vues intéressées, répondit le Diable; vous êtes seul, vous n'avez point de serviteur, et je m'offre pour vous servir, si vous le voulez bien. Observez que je le fais gratuitement et pour le seul plaisir de vous voir, de profiter en votre sainte compagnie…—Va-t'en, répartit Caradoc, je n'ai besoin ni de toi, ni des tiens… Après cela, Caradoc se mit au travail.
Comme il s'échauffait considérablement, il ôta sa ceinture. Le Diable, qui s'était caché dans un coin, la prit bien vite, et s'amusa à l'essayer. Quand Caradoc eut achevé sa besogne, il chercha sa ceinture; elle ne se trouva point: mais, en vertu de la sainte perspicacité de ses yeux, il aperçut le Diable qui riait aux éclats de se voir ceint de la courroie de Caradoc, et qui s'occupait continuellement à l'ôter, à la remettre, à singer les faiseurs de tours de passe-passe, et à sauter par-dessus le vénérable ceinturon, comme les enfans sautent après une corde. Caradoc réclama vigoureusement son cuir; mais il pouvait le demander sans insulte: le Diable n'avait pas envie de le garder. Il le rendit au saint homme, et se retira, fâché de ne trouver parmi les mortels que des injures pour des offres de services, et des esprits trop mal faits pour entendre la plaisanterie[131].
[131] Bollandi acta sanctorum, 13 aprilis; legendæ Joannis Capgravii, Caradocus.