[135] Voyez les diverses légendes, Bollandus, le R. P. Ribadeneira, in Flore sanctorum, et l'Éloge de l'enfer, première partie, art. V.

—Un jour que saint François était en oraison, le Diable vint le trouver et le tourmenta de tentations charnelles. François, reconnaissant l'ennemi, se déshabilla bien vite et se fouetta durement[136]. Après cela, il fit sept petites figures de neige, et, les prenant dans ses bras, il dit à haute voix:—La plus grande de ces figures est ma femme; les deux suivantes sont mes fils; la quatrième et la cinquième sont mes filles; la sixième est mon domestique, et la septième, ma servante. Hâtons-nous de les réchauffer, de peur que le froid ne les tue… En même temps il se roulait dans la neige… On ne tient guère contre de pareils traits; le Diable se retira tout confus, et François rentra dans sa cellule[137].

[136] Cordulâ durissimâ.

[137] Illicò Diabolus confusus recessit; et vir Dei, Deum glorificans, in cellam rediit. (Legenda aurea Jac. de Voragine. Leg. 144.)

CHAPITRE XI.
PETITES LEÇONS ET CHATIMENS DIVERS INFLIGÉS PAR LE DIABLE.

Deteriores nos omnes fimus licentiâ.

Térence.

Nous devenons, dit-on, pires dans la licence.

Le Diable arrive alors; et, la fourche à la main,

Il frappe l'impudique, arrête l'assassin,

Extermine l'impie, et nous rend l'innocence[138].

[138] Il est vrai qu'il n'y avait ni orgueil, ni luxure, ni assassinats, ni impiété, ni vices aucuns, dans le temps qu'on avait peur du Diable! Les dévots sont bien fâchés de ne pouvoir pas effacer des chroniques de la superstition le massacre de la Saint-Barthélemy, l'assassinat de Henri IV, les guerres exécrables qui se sont faites sous le voile de la religion, etc. etc. parce qu'alors il serait prouvé que les siècles, où l'on brûlait les sorciers et les hérétiques, valaient bien mieux que le nôtre; attendu que le fanatisme et les terreurs infernales sont tout à fait propres à produire une génération d'honnêtes gens.

—Un certain jour d'été, les convers d'une maison de Cîteaux, dormant en plein midi dans leur dortoir, le Diable y parut sous la figure d'une jeune religieuse vêtue de noir. Cette nonne visita tous les frères, s'arrêtant devant quelques-uns, et passant rapidement devant quelques autres sans les éveiller. En arrivant au lit d'un certain convers, remarquable par son peu de chasteté, elle se pencha sur lui, l'embrassa tendrement, lui fit des caresses, des attouchemens impudiques, et lui donna plusieurs baisers sur la bouche.

Un religieux, apparemment éveillé par le bruit des baisers que se donnaient le frère et la nonne, courut au lit du convers, tout stupéfait de ce qui se passait dans la cellule. Mais aussitôt que le religieux entra, la nonne disparut, et il ne trouva dans le lit que le convers, seul, découvert, et dans une posture impudique… Sur ces entrefaites, tout le monde se leva pour aller réciter les vêpres; mais le convers fatigué se sentit malade, et fut obligé de rester au lit… Ce qu'il y a de plus terrible, c'est qu'il mourut trois jours après avoir reçu les caresses de la nonne, qui n'était, comme on l'a dit, qu'un démon déguisé[139].

[139] Cæsarii Heisterbach. Miracul., lib. V, cap. 33.