[152] Cæsarii Heisterbach. miracul., lib. IV, cap. 28.

—Un autre moine, nommé Guillaume, de l'ordre de Cîteaux, s'était endormi dans le chœur, au lieu de psalmodier. Comme c'était en plein jour, ses confrères virent le Diable se promener autour du corps de l'endormi, sous la figure d'un grand serpent; du moins ils le lui dirent, et il promit de se corriger[153].

[153] Ejusdem, cap. 32, ibid.

—C'est une chose bien honteuse pour des chrétiens, comme dit le révérend père Angelin de Gaza, que d'entendre si souvent répéter le nom du Diable sans nécessité. Un père en colère dit à ses enfans: Venez ici, mauvais Diables. Un grand papa dit à son petit-fils, s'il est un peu égrillard: Ah! te voilà, bon Diable! Un homme qui veut se lever, retourne ses matelats et crie: Où Diable sont mes culottes? Celui-ci, qui a froid, vous l'apprend en disant: Diable! le temps est rude; je suis gelé. Celui-là, qui soupire après la table, dit qu'il a une faim de Diable. Un autre, qui s'impatiente, souhaite que le Diable l'emporte! Un savant de société, quand il a proposé une énigme, s'écrie bravement: Je me donne au Diable, si vous devinez cela. Une chose paraît-elle embrouillée, quelqu'un vous avertit que le Diable s'en mêle. Une bagatelle est-elle perdue, on dit qu'elle est à tous les Diables. Un homme laborieux prend-il quelque sommeil, un plaisant vient vous dire que le Diable le berce.

Ce qu'il y a de pis, c'est que des gens mal constitués emploient le nom du Diable en bonne part. Ainsi, on vous dira d'une chose médiocre: Ce n'est pas le Diable! Un homme fait-il plus qu'on ne demande, on dit qu'il travaille comme le valet du Diable! Que l'on voie passer un grenadier de cinq pieds dix pouces, on s'écriera: Quel grand Diable! Quelqu'un vous étonne par son esprit, par son adresse, ou par ses talens divers, vous dites aussitôt: Quel Diable d'homme! Dans une joie subite, une tête irréfléchie lâche un ah! Diable! qui sonne mal à de saines oreilles. On dit encore une force de Diable, un esprit de Diable, un courage de Diable. Un homme franc, ouvert, est un bon Diable! Un homme qu'on plaint, un pauvre Diable! Un homme divertissant, a de l'esprit en Diable! etc. Et une foule de mots semblables, dont les conséquences sont parfois infiniment graves, pour ceux qui craignent les gens du sombre empire.

De grands malheurs sont advenus aux imprudens qui se sont avisés d'invoquer le Diable de cette sorte:

Un bon homme qui s'appelait, dit-on, Étienne, avait la mauvaise habitude de parler à ses gens comme s'il eût parlé au Diable; ce qui était malséant, selon la remarque du docte et sapient Massé, dans son traité des apparitions. Un jour qu'il revenait d'un long voyage, il appela son valet en ces termes:—Viens çà, bon Diable, tire-moi mes chausses. A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'une griffe invisible délia ses caleçons, fit tomber les jarretières, et tira les chausses jusqu'aux talons. Le bon homme Étienne effrayé reconnut là-dedans un tour du Diable, qui ne se fait pas prier long-temps pour accourir; c'est pourquoi, tremblant pour lui et pour ses chausses, il s'écria: Retire-toi, gibier de potence, ce n'est pas toi, mais bien mon domestique que j'appelle. Les injures étaient inutiles; car l'esprit, qui voulait seulement donner une petite leçon au bon homme, était assez benin pour s'en aller au commandement; si bien donc qu'il se retira sans se montrer, et le bon homme Étienne n'invoqua plus le Diable[154].

[154] Gregorii magni Dialog., lib. III, cap. 20.

Si tous ceux qui ont continuellement ce nom à la bouche sentaient tomber leurs braguettes, ou tirer leurs chausses, toutes les fois qu'ils le prononcent, on n'entendrait plus tant d'irrévérences[155].

[155] Angelini Gazæi pia hilaria, pag. 74.