Felix criminibus nullus erit diù.

Ausone.

Fièvres, malheurs, conseils ne touchent point un fou;

Et le Diable à la fin vient lui tordre le cou.

Nous pourrions faire là-dessus un volume. Nous ne rapporterons que les traits les plus saillans.

—Il n'est pas besoin de dire ce qu'était Cham, troisième fils de Noé. Tout le monde sait qu'il inventa la magie et les divinations, ou plutôt, qu'il les perfectionna; car ces sciences infernales existaient avant le déluge, selon Alcimus-Avitus, saint Prosper, saint Augustin, et plusieurs autres pères de l'église[162]. On sait encore que Noé s'étant enivré, Cham le vit étendu dans une posture indécente, et alla faire là-dessus de mauvaises plaisanteries auprès de ses frères. Ceux-ci prirent la chose plus gravement, et couvrirent avec respect la nudité paternelle. Aussi furent-ils bénis de Noé quand il se réveilla. Les écrivains, qui parlent de cette aventure, disent que le patriarche donna sa malédiction à Cham pour son irrévérence. S'ils avaient consulté la Bible, ils auraient vu que Noé maudit seulement Chanaan, fils de Cham, suivant les admirables coutumes de nos anciens, qui punissaient les enfans des crimes de leur père[163].

[162] Alcimus-Avitus, qui a fait apparemment plus de recherches que les autres théologiens, place l'origine de la magie à la suite du péché originel, dans son poëme de Originali peccato; il range ensuite la magie parmi les plus gros péchés qui ont fait noyer le monde: poëme de Diluvio mundi, poematum, lib. 2 et 4.

[163] Maledixit ejus puero Chanaan, etc., Genes., cap. 9.

Mais tous les historiens ne racontent pas cette belle histoire de la même façon. Le prêtre Bérose dit que Cham était habile dans la magie et les enchantemens; qu'il n'aimait pas son père Noé, parce qu'il s'en voyait moins aimé que ses autres frères; et qu'un jour, ayant trouvé le vieux patriarche plein de vin, il s'en approcha doucement, toucha du doigt ses parties sexuelles, et les fit tomber par une force magique. Noé s'aperçut à son réveil qu'il était eunuque, et qu'il ne pouvait plus voir de femmes[164]… Le même antiquaire ajoute que Cham enseignait aux hommes cette doctrine abominable, qu'on pouvait se joindre charnellement avec sa mère, sa sœur, sa fille; qu'on ne devait pas même s'embarrasser de la différence des sexes; et que les animaux pouvaient servir en cas de besoin[165]… Ces monstruosités que Cham mettait en pratique, lui attirèrent enfin un châtiment terrible. Il fut emporté par le Diable, à la vue de ses disciples[166].

[164] Cum Noa pater madidus jaceret, illius virilia comprehendens, tacitèque submurmurans, carmine magico patri illusit, simul et illum sterilem perindè atque castratum effecit; neque deinceps Noa fæmellam aliquam fæcundare potuit.

[165] Berosi sacerdoti chaldaïci Antiquitatum, lib. III.

[166] Suidas, Lexicon, tom. Ier, édition de Kuster.

Il avait composé cent mille vers sur la magie, selon Suidas, et trois cent mille, selon le commissaire de la Marre[167]… Bérose prétend que Cham est le même que Zoroastre; et le moine Annius de Viterbe pense que cet impudique jeune homme pourrait bien être le Pan des anciens[168].