[167] Traité de la police, titre VII, chap. Ier.

[168] Comment. ad Berosi, lib. 3.—Wierius, de præstigiis, dit que Pan est le prince des démons incubes.

—En 1599, mourut Gabrielle d'Estrées, qui cherchait à épouser Henri IV. Elle était enceinte de son quatrième enfant, et se trouvait logée dans la maison de Zamet, fameux financier de ce temps, dont les richesses égalaient celles des plus grands seigneurs. Comme elle se promenait dans les jardins, elle fut frappée d'une apoplexie foudroyante. Le premier accès passé, on la porta chez madame de Sourdis sa tante. Elle eut une mauvaise nuit; et le lendemain elle éprouva d'affreuses convulsions qui la firent devenir toute noire; sa bouche se tourna jusque sur le derrière du cou; elle expira dans de grands tourmens et horriblement défigurée. On parla diversement de sa mort; quelques-uns l'attribuèrent à Dieu, qui n'avait point permis qu'une maîtresse fût élevée à la dignité d'épouse. Plusieurs chargèrent le Diable de cette œuvre charitable; on publia qu'il l'avait étranglée, pour prévenir le scandale et de grands troubles[169].

[169] M. Garinet, Histoire de la magie en France; branche des Bourbons.

—Un chanoine revenait, un peu avant l'aurore, d'un village où il avait commis le péché de fornication avec la femme d'un jeune paysan. Il lui fallait traverser un fleuve pour rentrer chez lui; il entra donc seul dans une barque de pêcheurs; et tout en ramant, il se mit à réciter les matines de la Vierge. Lorsqu'il fut au milieu du fleuve, comme il en était à ces mots de son office: Ave Maria, gratiâ plenâ, Dominus tecum, une grande troupe de démons fondit sur la barque et la renversa. Le chanoine coula à fond; et les démons, ouvrant la terre, emportèrent l'âme du fornicateur dans l'abîme.

Trois jours après, la sainte Vierge descendit, escortée par les anges, dans cette partie de l'enfer où le chanoine expiait ses crimes.—Pourquoi tourmentez-vous si injustement l'âme de mon serviteur, dit-elle aux démons?—Elle est à nous, répondirent-ils, puisque nous l'avons prise, tandis qu'elle était dans le péché.—Si l'on doit juger cet homme, selon ce qu'il faisait quand vous l'avez noyé, reprit Marie, il est à moi, puisqu'il chantait mes matines… En disant ces mots, elle dispersa les démons, fit rentrer l'âme du chanoine dans son corps; et, le prenant par la main, elle le tira du fleuve, et lui recommanda de vivre plus chastement[170].

[170] Claudii à Rotâ, in supplem. ad Legendam auream Jacobi de Voragine. Leg. 185. On trouvera, dans le chapitre de ceux qui nous ont rapporté des nouvelles de l'autre monde, quelques traits qui se rapprochent de celui-là. On en a déjà cité plusieurs de ce genre, dans le Dictionnaire infernal.

—Voici ce qui arriva, en l'année 1553, à Willissaw, petite ville du canton de Lucerne. Un joueur de profession, nommé Ulrich Schroter, se voyant malheureux au jeu, proférait des blasphèmes qui ne rendaient pas ses parties meilleures. Les assistans lui firent de vaines représentations; il jura que, s'il ne gagnait pas, dans la chance qui allait tourner, il jetterait sa dague contre un crucifix qui était sur la cheminée. Les menaces d'Ulrich n'épouvantèrent point celui dont il outrageait l'image; Ulrich perdit encore. Furieux, il se lève; il lance sa dague, qui s'évanouit; et aussitôt une troupe de diables tombe sur lui et l'enlève, avec un bruit si épouvantable, que toute la ville en fut ébranlée. Les judicieux historiens qui rapportent ce miracle, ajoutent qu'on ne le vit plus, et qu'il est avec les diables. Pour celui-là, il faut convenir qu'il le méritait bien[171].

[171] Bodin, Démonomanie, liv. 3, chap. 1er, après Job-Fincel et André-Muscule.

—Pierre-le-Vénérable raconte cette épouvantable histoire, dans son recueil de miracles: Un jour que le comte de Mâcon était dans son palais, entouré de sa noblesse et de ses gardes, un cavalier inconnu entra tout à coup; et, sans descendre de cheval, il ordonna au comte de le suivre, parce qu'il avait à lui parler. Le comte, entraîné par une puissance surnaturelle, se lève machinalement et suit l'étranger. Il trouve dans la cour un cheval préparé pour lui; il le monte; aussitôt les deux chevaux, le cavalier inconnu et le comte s'enlèvent dans les airs. Le comte s'aperçoit alors de son malheur; il pousse des cris déchirans; il implore de vains secours. Bientôt on le perd de vue; et toute la ville, qui venait de le voir enlever par le Diable, ne douta pas un instant qu'il ne se fût attiré cette fin terrible par ses excès et ses violences. C'était un homme qui opprimait les ecclésiastiques, qui pillait les provisions des couvens, qui chassait les chanoines de leurs églises, et jetait les moines à la porte des monastères[172].