Valens croyait à la magie: il fit mourir tous les grands de l'empire, dont le nom commençait par Theod, à cause qu'un sorcier du temps lui avait prédit que le nom de son successeur commencerait par ces lettres[176]. Tant d'impiétés eurent un terme. Valens fut vaincu par les Goths, à qui il n'avait fait que du bien. Une main invisible le blessa sur le champ de bataille; et on le porta dans la cabane d'un paysan, où il eut le désagrément d'être brûlé dans sa cinquantième année.
[176] Il n'en eut pas moins Théodose pour successeur, celui-ci trouvant un chemin facile au trône, à la faveur de la prophétie.
Les nombreux ennemis de l'ange déchu lui attribuent encore ce trait; et de graves légendaires affirment que le Diable mit le feu à la cabane de sa propre griffe. Mais Lambertinus, et quelques autres historiens justifient le Diable de cette calomnie, puisqu'ils assurent que Valens fut brûlé vif, par ordre de Dieu, qui voulait faire un exemple du protecteur des ariens[177].
[177] Lambertini de Cruz-Houen, Theat. Hispaniæ, pag. 20.
—La très-mémorable histoire qui va suivre, nous apprend qu'il est bon d'avoir des amis partout. Elle prouvera encore que le Diable est sans force devant les gens de bien. Le roi Dagobert mourut à trente-six ans, consumé de débauches. Ce prince n'avait su vivre que dans les plus grands désordres; mais il avait bâti des églises, et enrichi les monastères. Aussitôt qu'il fut mort, un saint ermite, nommé Jean, qui s'était retiré dans une petite île, voisine des côtes de la Sicile, fut averti en songe de prier Dieu pour l'âme de Dagobert. S'étant donc mis en oraison, il vit sur la mer l'âme du roi de France enchaînée dans une barque, et des diables qui la rouaient de coups, en la conduisant vers la Sicile, où ils devaient la précipiter dans les gouffres de l'Etna. On ne sait pas si l'âme est, comme le corps, sensible au bâton et aux coups de poing; quoi qu'il en soit, le saint ermite Jean s'apitoya, parce que l'âme du roi Dagobert poussait des cris lamentables, appelant à son secours saint Denis, saint Maurice et saint Martin. Tout à coup le ciel tonna; les trois saints descendirent, revêtus d'habits lumineux, assis sur un nuage brillant, précédés des éclairs et de la foudre. Ils se jetèrent sur les malins esprits, leur enlevèrent cette pauvre âme, et, l'ayant placée sur un drap triangulaire qu'ils tenaient par les coins, ils l'emportèrent au ciel, en chantant des psaumes[178].
[178] Gesta Dagoberti regis, et M. Garinet: Histoire de la Magie en France, première race.—On trouve, dans ce dernier ouvrage, après la mort de Dagobert, la description de son mausolée, qui fut sculpté sous St. Louis. Voici les choses qui méritent le plus d'être remarquées: Parmi les quatre diables qui emmènent l'âme de Dagobert dans la barque, deux ont des oreilles d'ânes, décoration que le sculpteur aurait pu garder pour lui. Dans la bande du milieu, les deux anges qui accompagnent St. Denis, St. Maurice et St. Martin, apportent un bénitier et un goupillon pour exorciser les diables, comme s'il y avait de l'eau bénite dans le ciel, et comme si trois saints et deux anges ne pouvaient pas chasser quatre démons. On voit sur la troisième bande, le drap où voyage l'âme de Dagobert; la main du Père Éternel est étendue pour la saisir, pendant qu'un ange lui donne des coups d'encensoir… (Pages 27, 28 et 29.) Ce monument vient d'être reporté à St. Denis. Un architecte, qui se nomme, je crois, M. Debray, l'a fait scier en deux, pour donner aux amateurs le plaisir de voir à la fois le devant et le derrière.
—Un soldat, nommé Étienne, était affligé d'une maladie qui lui courbait tout le corps, et lui mettait pour ainsi dire la tête entre les jambes. Il faisait cependant son service, au grand divertissement de ses chefs, à qui il présentait les armes avec une grâce toute particulière. On lui conseilla d'aller prier devant l'image de la sainte Vierge, en le flattant d'une guérison certaine. Il y fut, et revint au camp droit comme un jonc.
Ce miracle eut lieu dans la Thrace. Les compagnons d'Étienne en furent si surpris, qu'ils en parlèrent bien vite à leur capitaine. Celui-ci en donna nouvelle au gouverneur, lequel fit conduire Étienne à Constantin-Copronyme, alors empereur d'Orient. Le monarque, peu touché du prodige, demanda au soldat s'il adorait les images; et celui-ci, tremblant de déplaire à son souverain, fut assez ingrat pour oublier le bienfait qu'il venait de recevoir. Il répondit qu'il était chrétien pur et non idolâtre.—En ce cas, ajouta l'empereur, je te fais centurion… Mais Étienne ne jouit pas long-temps du prix de son apostasie; il remontait à cheval pour retourner à son poste, quand le Diable parut, lui tordit le cou, et le rendit plus courbé, plus tortu, plus difforme qu'auparavant. On dit même qu'il l'étrangla[179].
[179] Niceph. Rerum Roman., lib. 22.—Damasc. orat. de imagin.—Mathæi Tympii præmia virtut. christian. imagin. colent. 13.
Celui-là aussi méritait bien sa peine; cependant Mathieu Tympius purge le Diable de cette mort, en disant que c'était une vengeance divine[180].